06/12/2023
🏊🏻♀️
Dans quelques instants nous allons prendre le départ de la 0-3000. Nous sommes, je crois, un peu moins de 200 dans la vague des masters.
Pour ma part, la dernière fois que je fus finisher d’un triathlon, c’était en 2013, le Half de Chantonnay. Soit 10 ans. 🔟
Nous commençons par une centaine de mètres en course à pied sur la plage avant de plonger dans le lagon.
Vous avez l’image de foulées amples et engagées sur le sable blond, c’est ça ? 🏖️
Bah non ! Y’a plein de petits cailloux et de coquillages qui viennent gêner ma foulée ample et engagée. Je marche sur des œufs. J’ai les pieds sensibles.
Note pour les organisateurs, me dérouler un tapis (même s’il n’est pas rouge), si je participe à nouveau à l’événement.
Ça y est, je nage.
10 ans et rien n’a changé. Les mêmes baffes qu’avant au départ. Les mêmes tirages de pieds et de jambes. Les mêmes « montages sur les voisins ». Les mêmes respirations tous les 1 temps, tous les 5 temps, les mêmes 7 temps parfois. Tu bois toujours la tasse.
Quelques différences majeures en comparaison avec les triathlons que j’ai pu faire en métropole.
1) L’eau est à 28°c à 6h00 du matin. En métropole, déjà, tu ne prends pas un départ à 6h00 du matin.
2) T’as pas de combi. Quand, comme moi, tu es un pur nageur, tu ne sens pas la différence…
3) L’eau, elle est salée.
4) Tu vois le corail et des poissons. Bon, pas beaucoup de poissons quand tu pars dans la troisième vague. Pas cons les poissons, ils se sont cassés ! ‘’Ils sont fous ces triathlètes qu’ils disaient (si tu es fan d’Astérix tu as la ref’)’’
5) Et enfin, quand tu sors de l’eau t’as pas Olivier Bachet ou Bertrand Haudegond pour te chambrer et dire au micro « c’est bon, il n’y a plus personne dans l’eau, Greg est sorti »
Bon la première bouée, je ne sais pas trop comment ça c’est passé.
Suis-je passé à droite ? à gauche ? dessous ? dessus ? En tout à cas, à un moment elle était derrière moi.
J’ai commencé à respirer, régulièrement, tous les trois temps.
J’ai pensé à Olivier Bragard qui me dit toujours « pose ta nage, laisse faire le naturel, tu glisses tout seul ». Il est fort comme maitre-nageur, il s’y connait.
Un peu après les 500 mètres, la sortie à l’Australienne arrive, je l’imaginais plutôt à mi-parcours.
Je vois (rien que ça c’est déjà pas mal quand tu connais ma vue, qui plus est sans lunettes de vue et avec des lunettes de natation. Je me dois d’être plus juste.
Je distingue, plus exactement, des resquilleurs. Des mecs qui marchent ou courent dans l’eau, alors qu’on peut encore nager.
Peut-on considérer qu’une sortie à l’Australienne peut faire une centaine de mètres ? On m’expliquera plus t**d, que cette partie ‘’course à pied’’, permet d’éviter des courants, qui nous mettraient à l’arrêt. Je comprends, si ça peut éviter de désavantager les mauvais nageurs, je fais preuve d’empathie.
Malgré mes souhaits, personne n’a pensé à retirer les petits cailloux et les coquillages sur la plage. Je trottine sur la pointe des pieds et je perds des places. M’en fous, vu ce que je vais leur mettre à vélo et en course à pied, qu’ils en profitent. Surtout que les resquilleurs rentrent dans l’eau le plus t**d possible.
La seconde boucle est identique à la première, avec la même sortie à l’Australienne.
La natation fut agréable. Je regarde mon chrono à la sortie de l’eau. 27 minutes et quelques secondes. J’en conclus, qu’il n’y a pas 1500 mètres. Car, je m’étais entraîné deux fois avant la course (je sais, j’étais limite en sur-entraînement) en mer et j’étais plutôt sur les bases de 36 minutes.
Il y avait effectivement, 1350 mètres à mon GPS.
J’imagine que le public m’a fait une ovation quand je suis rentré dans l’aire de transition, mais je n’ai pas pu entendre la foule, car j’avais de l’eau dans les oreilles. Et je n’ai pas vu le feu d’artifices qui a été tiré, car je n’avais pas encore mis mes lunettes de vue. 🎇
Je rejoins mon emplacement, j’assure ma transition, pour ne rien oublier. Ma transition est longue.
🚴🏼♀️
Je pars pour 45 kilomètres de cyclisme et 1600m de D+.
J’ai remarqué, avant le départ en natation, qu’il n’y avait vraiment pas beaucoup de ‘’vélos aéro » dans l’aire de transition. Peu envisagent la montée vers Cilaos sur les prolongateurs… Rien d’étonnant.
Y’a quand même un type qui a fait les 45 bornes sur un BMX. Bravo. Il a mis le même chrono que la ‘’vainqueuse » de la 0-3000. Lui a fait le duathlon 0-3000. Il n’a pas nagé avant la partie cycliste, il a couru. Moi aussi, si j’avais fait le duathlon… Euh ! Non en fait !
Le départ est plat sur 600 mètres. C’est à ce moment que je me dis ‘’J’ai pas pensé à valider la transition sur ma montre’’. Je le fais. Car je sais que toutes mes données vont être exploitées par les scientifiques pour tenter d’expliquer comment un humain peut obtenir de telles performances physiques. Je sais que la NASA se sert de mes données, elle aussi. 🚀
Les 8 premiers kilomètres sont roulants. Et nous tournons à droite. Les premiers faux plats sont présents. Nous montons tranquillement et régulièrement une bosse qui oscille entre 2 et 4%.
Je suis content de voir que je ne suis pas seul. Je me fais autant dépasser que je dépasse. Je gère.
Nous arrivons à la Rivière Saint-Louis au quinzième kilomètre et nous basculons vers Cilaos.
Nous commençons par 2 kilomètres de descente. J’ai reconnu, à vélo, le parcours deux fois. Je sais où je suis et je sais ce qu’il m’attend.
Une partie roulante jusqu’au 21ème kilomètre et le dénivelé s’accentue. La preuve en est, je commence à perdre quelques places.
Les conditions météorologiques sont idéales pour monter. Le temps est couvert, il ne pleut pas, les températures sont agréables.
Je gère mon effort tout au long des 420 virages. Je n’ai pas besoin de mon compteur pour situer les passages à plus de 10 %. Mes jambes, mes poumons et mon cœur sont d’excellents indicateurs.
Je compte mettre un peu moins de 3h00 sur la partie cycliste.
Quand je demande aux spectatrices et spectateurs si Clément Mignon est loin, tout le monde me répond en souriant qu’il est juste devant. Mon côté ‘’compétiteur’’ ne me lâchera jamais.
Je me dis que si je ne l’ai pas rejoint à la fin de la partie cycliste, je le ferai sur la partie course à pied. J’ai quand même 15 minutes à combler. Je dois rester humble.
A quelques hectomètres du stade de Cilaos, lieu de la seconde aire de transition, je m’alimente, je bois et je visualise ma seconde transition.
J'ai bien géré la natation et le cyclisme.
Je pense qu’en raison de l’altitude, je devais avoir les oreilles bouchées, car je n’ai pas entendu le public m’ovationner quand je suis arrivé au stade. D’ailleurs, j’ai trouvé que le public était peu nombreux.
‘’Il est fort probable que les fans sont montés au Piton des neiges, les plus courageux depuis plusieurs jours pour être certain d’avoir un emplacement de choix, pour voir mon arrivée triomphante’’. Me suis-je dit.
Alors que je rejoignais mon emplacement dans l’aire de transition, vélo à la main, j’entends une bénévole qui crie ‘’Allez Greg’’. Enfin. Je suis reconnu.
Et le lendemain, je me suis aperçu en voyant ma trifonction sécher, que mon prénom était écrit au dos de celle-ci… Pffff !!!
La suite, demain