25/02/2026
Lettre ouverte à tous
À vous qui votez les lois.
À vous qui soignez.
À vous qui décidez.
À vous qui accompagnez.
À vous, simplement, qui vivez.
Je vous écris en tant que mère.
En 2008, on a évoqué l’éventualité de l’euthanasie pour ma fille Celia. Rien ne prépare un parent à entendre que la vie de son enfant pourrait être écourtée, non pas par la maladie seule, mais par une décision humaine encadrée par une loi.
On parle souvent d’euthanasie avec des mots maîtrisés, rassurants : « dignité », « liberté », « compassion ». En France, la loi actuelle — la Loi Claeys-Leonetti — encadre la fin de vie sans légaliser l’euthanasie. Mais ailleurs, en Belgique, aux Pays-Bas ou au Canada, l’aide médicale à mourir est devenue une réalité légale.
Je ne nie pas la souffrance. Je ne nie pas les situations extrêmes. Je sais qu’il existe des douleurs qui dépassent l’entendement. Mais je vous demande : avons-nous pleinement mesuré ce que signifie donner à la société le pouvoir d’abréger la vie ?
Les lois commencent toujours avec des limites strictes. Elles sont votées pour des cas exceptionnels. Puis, avec le temps, les critères évoluent. Ils s’élargissent. Ce qui était impensable devient discutable. Ce qui était discutable devient normalisé.
La dérive n’est pas toujours brutale. Elle est silencieuse.
Elle peut se glisser dans la fatigue d’un système de santé sous pression.
Dans le regard d’une personne âgée qui se sent « de trop ».
Dans la culpabilité d’un malade qui pense coûter trop cher.
Dans la solitude.
Ma fille n’est pas un concept juridique. Elle est un sourire, une voix, une histoire. Sa fragilité ne retire rien à sa valeur. Au contraire, elle révèle notre humanité collective.
Une société se mesure à la manière dont elle protège les plus vulnérables. Si nous commençons à considérer que certaines vies sont « trop lourdes », « trop coûteuses », « trop compliquées », alors nous changeons profondément notre regard sur la dignité humaine.
Je ne vous écris pas pour accuser.
Je vous écris pour alerter.
Je vous écris pour que chaque décision soit prise avec une conscience immense de sa portée.
Parce qu’une fois qu’une porte est ouverte, il est difficile de la refermer.
Je vous demande de penser aux mères.
Aux pères.
Aux enfants.
Aux personnes fragiles qui n’ont pas toujours la force de défendre leur propre valeur.
La loi doit protéger.
Toujours.
Avec respect et gravité,
Une mère.