23/05/2026
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Un article pour en savoir plus 👇
TRAVERSÉES
La presse allemande ne tarit pas d'éloges sur le concert.
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Un début de tournée plein d’énergie (Par Johannes Barthmes)
Le Barockorchester de Lahr a offert, pour l’ouverture de sa tournée à la Stiftskirche, une musique fougueuse et primitive. Bruits, rythmes et matériau musical hérité du passé étaient là pour être explorés : tel était le message.
LAHR — « La musique s’adapte aux musiciennes et musiciens, et non l’inverse » : telle était la devise de l’ensemble de l’école municipale de musique de Lahr. Cette formule est toutefois un peu trompeuse, car les œuvres présentées mardi — ou plutôt utilisées — n’étaient pas coulées dans des formes fixes, mais soumises à une transformation permanente. « Traversées » était le titre du concert. Ce qui était traversé, c’étaient les barrières des conventions d’interprétation de la musique classique, les frontières entre époques et styles, la distinction entre musique et bruit, mais aussi celle entre interprètes et public.
Avant que l’orchestre ne commence réellement, la directrice Annabelle Cavalli joua à la flûte à bec, avec trois membres de l’ensemble français PTYX, "Brownie Feet" d’Eve Beglarian (*1958), en guise d’ouverture, aussi longtemps que les quatre musiciens eurent envie de suivre la partition. La composition se dissolvait dans une improvisation libre, laquelle débouchait à nouveau sur une écriture baroque. L’orchestre sonna ensuite comme s’il accordait ses instruments, tout en improvisant sur un long crescendo brutalement interrompu autour de la note fondamentale de sa première pièce, la "Berceuse de Grâinne pour Diarmait" (berceuse) de Hughes de Courson (*1946).
Cette berceuse ainsi que la pièce suivante, "Ciaram rosa", appartiennent à "O’Stravaganza – Fantasy on Vivaldi and the Celtic Music of Ireland" de De Courson. Avec une pulsation claire, marquée par le tambour sur cadre grâce auquel Cavalli dirigeait l’orchestre de manière aussi sonore que visuelle, le caractère général du concert était donné : la musique peut s’entendre, se ressentir, se voir, se danser et se transformer librement. Parmi les violons et les flûtes traversières modernes se mêlaient des flûtes à bec, des traversos baroques, un clavecin, une profonde clarinette basse — ainsi que les sons mystérieux du thérémine, instrument vieux de plus d’un siècle mais toujours futuriste, joué par Jean-Baptiste Apéré de PTYX.
Des sons de boîte à musique et de flûte à bec introduisirent Drive the Cold Winter Away de John Playford (1623–1686). Heureusement, l’entreprise échoua, si bien que l’hiver, annoncé par des bruits menaçants de vent, put finalement éclater pleinement dans le célèbre Allegro des Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi. Jana Leichner brilla dans sa partie soliste, sans se laisser impressionner par le tumulte de l’orchestre.
Antoine Moulin et Christophe Rostang improvisèrent ensuite un duo pour clarinette basse et trompette de Jean-Yves Bosseur (*1948). La trompette, grâce à différents sourdines artisanales, produisait des timbres si variés qu’il était difficile, dans l’Adagio suivant d’Alessandro Marcello (1673–1747), de distinguer clairement le cornet à bouquin comme instrument soliste. Cela aurait tout aussi bien pu être la trompette à nouveau métamorphosée. Le cornet à bouquin, instrument discret de la Renaissance et du premier baroque, fut magnifiquement révélé par Georges Kips dans une sonorité éclatante et chaleureuse.
Le programme annonçait ensuite Henry Purcell (1659–1695). Une improvisation virtuose de la basse électrique de Jan Hutnik, du Groove-Lab de l’école de musique, prépara la basse obstinée qui traversait cette œuvre.
Avant d’acheter un violon ou un piano à son enfant, on peut aussi tester son envie de faire de la musique avec du simple papier A4. Dans "Feuilles de papier" de Raphaële Biston (*1975), tout l’orchestre fut équipé de feuilles pour mettre en scène une météo d’avril : légère bruine, forte pluie et grêle violente, sous la direction de Jean-Baptiste Apéré. Ensuite, le public fut invité à reproduire l’expérience avec le programme de salle. Heureusement, il ne lui fut pas demandé de le déchirer, comme cela avait été fait auparavant avec les feuilles blanches.
Un orchestre d’école de musique est certes un ensemble de formation. Mais Annabelle Cavalli a trouvé des formes qui ne donnaient pas l’impression d’un travail en cours d’apprentissage : elles existaient comme des performances abouties et captivantes, enrichies des interventions créatives de PTYX. Le public remercia les artistes par une ovation debout. La tournée conduira les participants jusqu’à la fin du mois de mai en Suisse puis dans plusieurs étapes en France.
Légendes des photos
Photo du haut :
Annabelle Cavalli dirigeait le Barockorchester de Lahr au tambour sur cadre, tandis que Georges Kips (debout à gauche) interprétait au cornet à bouquin le solo du célèbre Adagio d’Alessandro Marcello.
Photo centrale :
Malheureusement caché derrière l’orchestre : Jean-Baptiste Apéré tirait du thérémine futuriste d’étranges sons envoûtants.
Badische Zeitung, 21 mai 2026
https://www.badische-zeitung.de/das-lahrer-barockorchester-ist-mit-einem-energiegeladenen-auftakt-in-seine-tournee-gestartet