20/09/2026
UNE SINISTRE HISTOIRE DE CANARD… 🦆
Un programmateur culturel d'une petite commune de Haute Savoie m’a appelé cette semaine avec une bien mauvaise nouvelle. Nous devions y jouer notre nouveau spectacle "Ego le cachalot prend le large" le 22 octobre. Le contrat était prêt, le bon de commande signé, les trajets réservés. Ne manquait plus que la signature du maire sur le contrat... Mais la commission Culture s’est réunie hier. Un adjoint, habituellement peu présent, s’est déplacé pour s’opposer à l’accueil du spectacle, qu’il juge à connotation « politique ». Ces propos m’ont été rapportés en « off » par le programmateur.
Résultat : notre représentation a été annulée.
Cette décision fragilise l’économie de notre tournée du 20 au 23 octobre dans le Sud.
Ego le cachalot existe depuis 15 ans. Ce quatrième spectacle s’adresse aux enfants de 3 à 10 ans et à leurs parents. J’ai toujours voulu leur parler sans mièvrerie ni démagogie, de leurs émotions, de leurs questionnements, mais aussi d’écologie ou de certains enjeux de société, à hauteur d’enfant et à travers des personnages animaliers.
Dans ce nouveau show, un jeune panda traverse l’Atlantique en bateau pour aller prononcer un discours sur la planète à New York. Il y rencontre un canard maléfique à la mèche orange qui domine la ville depuis sa Duck Tower. Toute ressemblance avec des faits ou des personnages existants serait évidemment purement fortuite 😉
Au-delà du second degré, le spectacle défend des valeurs qui me semblaient plutôt consensuelles : l’entraide, la bienveillance, le droit à la différence, la solidarité. Tiens, « solidarité » figure même dans le nom de la commission qui a décidé de son annulation.
Et surtout, il y a de la musique. Beaucoup. Avec une ambition assez simple : donner le sourire aux enfants et à celles et ceux qui les accompagnent. Et parfois leur donner un peu matière à réfléchir sans jamais les culpabiliser, en rendant compte de la complexité du monde qui nous entoure.
Cette création est soutenu - en dehors de nombreuses structures culturelles - par la Sacem, l'Adami, la Spedidam, la SPPF les labels indépendants, le CNM, organismes garants de son adaptabilité auprès des enfants.
Ce qui m’inquiète davantage, c’est ce que cette histoire pourrait annoncer : voir des spectacles écartés ou annulés en fonction de la couleur politique qu’on leur prête, de ce qu’on imagine qu’ils vont dire ou de ce qu’on projette sur eux.
Cela concerne les artistes et les compagnies, bien sûr, mais aussi les producteurs, les programmateurs, les structures et les collectivités qui les soutiennent. Le silence ne me semble plus être une option.
Je tiens à dédouaner le programmateur qui se retrouve dans une position particulièrement inconfortable et qui n’est évidemment pas à l’origine de cette décision.
Je ne connais pas l’identité de l’adjoint qui a exprimé cette opposition mais on m’a rapporté qu’il était sans étiquette 😅.
Une pensée surtout pour les enfants et les familles de Samoëns, qui n’auront finalement pas l’occasion de découvrir Ego.
Bon. Pour clarifier les choses, Ego n’a plus qu’à se présenter à l’élection présidentielle. Vu les représentants de l’espèce humaine, mieux vaut peut-être miser sur un cachalot.
Pour un projet pop, festif et sans étiquette : votez Ego !
Dessin : l’excellent Jean-Louis Cornalba, lui aussi sans étiquette.
David Delabrosse
Samuel Chapelain Thibaut Doray Stéphane Bouvier Alice Chia