28/10/2026
DESCENTE EN FOSSE : LORD SPIKEHEART AU SONIC CITY OU UN ACTIVISTE DU METAL AFRICAIN À COURTRAI
Je fouillais tranquillement les programmations de festivals quand je suis tombée sur l’affiche de Sonic City Festival, à Courtrai. Que du beau monde prévu du vendredi 6 au dimanche 8 novembre à la frontière franco-belge. Ça va gratter entre noise, post-punk, dark ambient, rock expérimental et autres expériences sonores. Allez voir l’affiche, ça déboite.
Et puis au milieu de tout ça : Lord Spikeheart, programmé dimanche 8 novembre avec Curses, Dry Cleaning, PVA, Paranoid London…
Je ne connais pas. Je regarde. Ça dit : African experimental metal.
Pardon ?
Évidemment, j’ai tiré le fil. Et c’est passionnant.
Lord Spikeheart, c’est Martin Kanja, musicien kényan venu de la scène underground de Nairobi et ancien membre de Duma, duo qui mélangeait déjà grindcore, hardcore, noise, électronique et à peu près tout ce qui permet de dégrader convenablement un système nerveux.
Depuis, il est parti en solo.
Et là, ça devient franchement intéressant.
Son premier album, The Adept, sorti en 2024 sur son propre label HAEKALU, mélange death metal, grindcore, techno industrielle, trap, hip-hop et noise. Un joyeux bo**el qui lui a valu de figurer parmi les dix meilleurs albums de musiques du monde de l’année selon The Guardian. Pitchfork, BBC Radio, Arte et quelques autres se sont également penchés sur son cas. Visiblement, le garçon ne passe pas complètement inaperçu.
Il growle. Il hurle. Il rappe. Il chante en anglais, en swahili et en kikuyu. Et surtout, derrière le déluge sonore, il y a autre chose qu’un exercice de violence musicale.
Kanja parle du Kenya, de colonialisme, de terre, de rapports de pouvoir. Il rend notamment hommage à son arrière-grand-mère Muthoni wa Kirima, figure de l’insurrection Mau Mau contre la domination coloniale britannique.
Et comme manifestement faire une musique pareille ne suffisait pas, il a également créé HAEKALU Records, un label destiné notamment à donner davantage de visibilité et de moyens aux scènes extrêmes africaines.
En septembre 2025, il a remis ça avec REIGN, un EP où se télescopent industriel, death metal, grindcore et rythmiques africaines. Avec, au passage, Iggor Cavalera, ancien batteur de Sepultura, le producteur français Brodinski et les Togolais d’Arka’n Asrafakor. Voilà une réunion de famille qui doit faire un bruit absolument épouvantable.
Et sur scène ? Sonic City prévient que ses concerts finissent régulièrement en pogos. Ce qui paraît assez cohérent avec le reste du dossier.
Et c’est là que ma petite recherche de festival belge vient de partir complètement en couille.
Parce que derrière Lord Spikeheart, il y a une question beaucoup plus vaste : mais qu’est-ce qu’on connaît, nous, du metal africain ?
Personnellement ? Rien.
Bloodywood m’a déjà envoyée fouiller du côté indien, mais l’Afrique subsaharienne dans les musiques extrêmes, j’ai un trou béant dans la cartographie.
Et apparemment, derrière, il y a tout un monde. Du metal au Botswana. Des scènes extrêmes au Kenya et en Ouganda. Du grindcore, du doom, du death, de l’industriel, des hybridations électroniques, des musiques locales qui viennent se frotter aux guitares saturées.
Bref.
Je cherchais DIIV à Courtrai.
Je viens de tomber dans le metal expérimental kényan.
Et maintenant, évidemment, je transmets et je veux en savoir plus.