14/08/2026
Très belle journée de clôture du FESTIVAL DE MUSIQUE en ALBRET , le 12 août théâtre municipal de BARBASTE
Trois spectacles, une année encore !
Une innovation : une pièce de théâtre fort intéressante: " La Sœur de Shakespeare" d'après Virginia Woolf...qui a malicieusement imaginé une sœur: Judith, à William Shakespeare, aussi géniale que lui mais condamnée au silence, pour "questionner" la prévalence des hommes dans la création artistique mais aussi tout simplement dans la vie quotidienne: depuis ses aspects les plus prosaïques et réalistes jusqu'aux situations les plus intimes et personnelles de choix de vies...
"La sœur de Shakespeare" a été orchestrée de main de maître par Juliette Marie, qui a obtenu la prix de la mise en scène et de l'interprétation féminine aux Lauriers 2025 du théâtre indépendant, et fait la part belle à un sacré duo de comédiennes : Inès Amoura et Solenn Goix , l'une exprimant force et confiance en soi, et l'autre toute en sensibilité et émotions, dans un discours dénonçant le sexisme de l'époque... La plus timide, de plus en plus assurée, se révèle une vrai lionne et finit par dominer l'autre, parfois à la limite du ridicule...
Un beau tandem de comédiennes qui ont fait leurs preuves au Festival d'Avignon.... Un hommage aux créatrices invisibilisées, qui invite à la réflexion sur le talent des femmes , mais le génie n'est il pas androgyne ?
Deux concerts ont encadré cette pièce:
Le premier, un récital de piano qui nous a révélé Byeongju Yu, jeune et talentueux pianiste coréen qui étudie en France après des études à l'Université de Séoul. Jeune soliste de l'académie Ravel qui accueille chaque été près de 60 jeunes musiciens et compositeurs du monde entier venus se former auprès de maitres prestigieux de Saint Jean de Luz , il a visiblement soif de voir, goûter et comprendre tous les aspects de la vie ( et même de l'histoire ) française ! Jeune homme agréable et curieux... et quel musicien!
Son programme très cohérent va de Chopin à Scriabine en passant par Ravel, tout autant de maîtres du clavier qui nécessitent une interprétation d'une grande finesse et d'une grande poésie, ce dont Byeongju Yu ne manque pas: il nous a donné des interprétations éblouissantes. . Qu'il soit en particulier remercié d'avoir donné du Ravel ici ( merveilleux "Oiseaux tristes", délicates "barque sur l'Océan" et "Alborada gracioso" et du Scriabine que l'on "redécouvre" un peu ces temps-ci...(un poème et une sonate ). Nous entendrons reparler de ce jeune musicien attachant...
Et le deuxième concert , intitulé "compositrices" constituait une belle et logique suite à la pièce de théâtre!
A commencer par F***Y Mendelsohn ( son adagio pour violon et piano), restée toute sa vie dans l'ombre de son frère le grand Félix, même si elle a vécu dans un milieu éduqué et évolué... et Clara Schumann ( romance op 22 n°1 en ré bémol majeur ): deux belles compositions très mélodiques et ... romantiques, joliment interprétées par Élise Bertrand au violon : pureté et velouté du son , magnifiquement soutenu par le très beau piano de Laure Cholé.
Élise Bertrand ayant aussi des talents de compositrice, nous avons eu deux courtes pièces ( sonate pour violon seul op 16, et "Dans les Abysses de Lumière" op 17 , pièce créée lors d'une promenade en forêt de Compiègne) jolies compositions pleines de charmes mais aussi de créativité, qui mettent en valeur à la fois le beau et délicat violon de la créatrice et le piano de sa complice... et qui se finit sur un souffle.
Grazyna Bacewicz, compositrice polonaise relativement connue ... mais très peu jouée ( CQFD! ) succédait à E Bertrand avec sa "Partita pour violon et piano" en quatre mouvements, le premier tourmenté même pour la mélodie du violon, et l'avancée "lourde" et imperturbable du piano: E Bertrand nous avait avertis qu'on pouvait sentir l'influence de Chostakovitch...
Quant à l'anglaise Mel Bonis morte en 1937, qui elle aussi commence à peine à sortir de l’oubli, sa Sonate pour violon et piano op 112 a révélé des facettes variées:de petits airs espiègles et véloces jusqu'à des thèmes plus romantiques ( rappelant la sonate de Franck ) ou plus sombres... Belle inventivité des deux virtuoses!
Encore une très belle soirée appréciée par le public venu en nombre et remercié pour sa fidélité, pour cette bien jolie coda pour clôturer le 37 ème Festival de Musique en Albret comme toujours multiple, varié et inventif!
Rendez vous à l'année prochaine!