11/09/2026
💬 L'INTERVIEW - LUDOVIC POMMERET L'HOMME AUX TROIS TOP 10 DEPUIS 2008
Ludovic Pommeret dans un fauteuil ? Roulant, hélas, mais temporaire — on connaît l’homme. Entre un genou à opérer et un tendon sectionné à la meuleuse, l’invité de luxe des Templiers 2026 rappelle une première morale : trailers, évitez le bricolage — ou protégez-vous ! À 51 ans, le papy aux surprises calculées (UTMB 2016, Diag, triplé-record Hardrock) a déjà signé trois top 10 aux Templiers*. Entretien avec un homme pressé… de guérir.
𝐎𝐧 𝐭’𝐚𝐭𝐭𝐚𝐜𝐡𝐞 𝐚𝐮𝐱 𝐔𝐓𝐌𝐁-𝐇𝐚𝐫𝐝𝐫𝐨𝐜𝐤-𝐃𝐢𝐚𝐠 : 𝐥’𝐚𝐥𝐩𝐢𝐧 𝐦𝐞́𝐝𝐢𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞. 𝐋𝐞𝐬 𝐬𝐩𝐨𝐧𝐬𝐨𝐫𝐬 𝐭’𝐨𝐧𝐭-𝐢𝐥𝐬 𝐝𝐞́𝐣𝐚̀ 𝐢𝐧𝐜𝐢𝐭𝐞́ 𝐚̀ 𝐝𝐞́𝐥𝐚𝐢𝐬𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐓𝐞𝐦𝐩𝐥𝐢𝐞𝐫𝐬 — 𝐪𝐮𝐞 𝐣𝐞 𝐭𝐞 𝐜𝐫𝐨𝐲𝐚𝐢𝐬 𝐧’𝐚𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐜𝐨𝐮𝐫𝐮𝐬 𝐪𝐮’𝐮𝐧𝐞 𝐟𝐨𝐢𝐬 ?
Déjà, je ne les ai pas courus qu’une fois. Tu n’avais donc pas très bien fait ton travail ! (rires) J’y étais déjà en 2008, sous les couleurs de Quechua, avec un top 10, je crois. De Hoka, zéro obligation. Les primes incitent indirectement : absentes du MDS ou de l’Échappée Belle, elles existent ailleurs. Si je n’y vais pas, pas de prime. Je reste libre, à condition de courir au niveau international — uniquement des courses à saucisson, cela finirait par coincer ! (rires) En 2026, l’incitation venait plutôt de Private Sport Shop, partenaire du Festival : course, community run, interviews, podcast. Je ne prendrai pas le départ, mais j’honorerai le reste.
𝐎𝐮̀ 𝐬𝐢𝐭𝐮𝐞𝐬-𝐭𝐮 𝐋𝐀 𝐛𝐚𝐬𝐜𝐮𝐥𝐞 𝐝’𝐮𝐧𝐞 𝐜𝐚𝐫𝐫𝐢𝐞̀𝐫𝐞 𝐧𝐞́𝐞 𝐝’𝐮𝐧 𝐝𝐞́𝐟𝐢 𝐝𝐞 𝐭𝐞𝐬 𝐛𝐞𝐚𝐮𝐱-𝐟𝐫𝐞̀𝐫𝐞𝐬 𝐞𝐧 𝟐𝟎𝟎𝟎 : 𝐭𝐚 𝐯𝐢𝐜𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐚̀ 𝐥’𝐔𝐓𝐌𝐁 𝟐𝟎𝟏𝟔 𝐨𝐮 𝐚𝐢𝐥𝐥𝐞𝐮𝐫𝐬 ?
Je dirais 2015 : première sélection aux Mondiaux, premier maillot en équipe de France et début de ma collaboration avec Philippe Propage. Cette qualification m’a poussé à mieux structurer mon entraînement. L’UTMB 2016 concrétise cette année de préparation : les deux bascules sont liées.
𝐃𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐬 𝐥’𝐢𝐝𝐞𝐧𝐭𝐢𝐭𝐞́ 𝐝𝐮 𝐆𝐫𝐚𝐧𝐝 𝐓𝐫𝐚𝐢𝐥, 𝐩𝐮𝐢𝐬 𝐜𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐝𝐮 𝐅𝐞𝐬𝐭𝐢𝐯𝐚𝐥, 𝐚̀ 𝐪𝐮𝐞𝐥𝐪𝐮’𝐮𝐧 𝐪𝐮𝐢 𝐧𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐧𝐚𝐢̂𝐭 𝐫𝐢𝐞𝐧.
Repose-moi la question après mon retour : ma dernière participation date de 8 ans ! Lorsque c'était à Nant, j’aimais ce village perdu transformé pour un week-end, comme Saint-Philippe lors de mes premières Diagonales. Millau a changé l’échelle mais l’ambiance reste cool. Départ nocturne, lauriers, chevaliers : identité forte. Mon bémol : la multiplication des courses ; entre les 35, 35,5, 36 ou…37 kilomètres (rires), le Festival pourrait perdre en lisibilité.
𝟐𝟎𝟏𝟖 : 𝟏𝟎𝐞 𝐝𝐮 𝐆𝐫𝐚𝐧𝐝 𝐓𝐫𝐚𝐢𝐥, 𝐮𝐧 𝐦𝐨𝐢𝐬 𝐞𝐭 𝐝𝐞𝐦𝐢 𝐚𝐩𝐫𝐞̀𝐬 𝐮𝐧 𝐚𝐛𝐚𝐧𝐝𝐨𝐧 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐓𝐃𝐒, 𝐞𝐧 𝐚𝐲𝐚𝐧𝐭 𝐩𝐫𝐞́𝐟𝐞́𝐫𝐞́ 𝐌𝐢𝐥𝐥𝐚𝐮 𝐚̀ 𝐋𝐚 𝐑𝐞́𝐮𝐧𝐢𝐨𝐧. 𝐐𝐮𝐞 𝐯𝐞𝐧𝐚𝐢𝐬-𝐭𝐮 𝐲 𝐜𝐡𝐞𝐫𝐜𝐡𝐞𝐫 — 𝐨𝐮 𝐟𝐮𝐢𝐫 — 𝐚̀ 𝐜𝐞 𝐦𝐨𝐦𝐞𝐧𝐭-𝐥𝐚̀ ?
Après mon abandon à la Diagonale 2017, il me fallait digérer avant d’y retourner en 2019. À l’automne, deux grandes courses se détachaient pour moi : la Diag et les Templiers. Je savais que j’allais prendre une fessée sur une épreuve toujours plus rapide et déjà très internationale. Cette dixième place m’allait donc très bien.
𝐓𝐮 𝐚𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐧𝐮 𝐥𝐞𝐬 𝐚𝐧𝐧𝐞́𝐞𝐬 𝐃𝐚𝐰𝐚 𝐒𝐡𝐞𝐫𝐩𝐚 𝐞𝐭 𝐂𝐡𝐫𝐢𝐬𝐭𝐨𝐩𝐡𝐞 𝐉𝐚𝐜𝐪𝐮𝐞𝐫𝐨𝐝, 𝐯𝐚𝐢𝐧𝐪𝐮𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐦𝐚𝐢𝐧 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐚 𝐦𝐚𝐢𝐧 𝐞𝐧 𝟐𝟎𝟎𝟓, 𝐩𝐮𝐢𝐬 𝐁𝐫𝐞𝐮𝐢𝐥 𝐞𝐧 𝟐𝟎𝟎𝟗. 𝐐𝐮𝐞𝐥𝐬 𝐬𝐨𝐮𝐯𝐞𝐧𝐢𝐫𝐬 𝐞𝐧 𝐠𝐚𝐫𝐝𝐞𝐬-𝐭𝐮 ?
Je me revois aux Templiers pour ma première année chez Quechua : 2008. Dawa incarnait alors la légende du trail. Peu de coureurs de cette époque sont encore là : il y a forcément de la nostalgie. J’ai toujours suivi les résultats : Breuil, Lorblanchet, puis Walmsley… bien sûr. Bon, moins geek des stats qu’un Nico Martin, hein.
𝐂𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐋𝐨𝐫𝐛𝐥𝐚𝐧𝐜𝐡𝐞𝐭, 𝐖𝐚𝐥𝐦𝐬𝐥𝐞𝐲, 𝐂𝐫𝐨𝐟𝐭, 𝐂𝐚𝐫𝐝𝐢𝐧 𝐨𝐮 𝐇𝐞𝐫𝐫𝐲, 𝐚𝐬-𝐭𝐮 𝐯𝐨𝐮𝐥𝐮 𝐚̀ 𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐩𝐫𝐢𝐱 𝐚𝐜𝐜𝐫𝐨𝐜𝐡𝐞𝐫 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐞́𝐩𝐫𝐞𝐮𝐯𝐞 ? 𝐄𝐭 𝐬𝐢𝐧𝐨𝐧, 𝐮𝐧 𝐫𝐞𝐠𝐫𝐞𝐭 ?
Non : gagner m’a toujours semblé aussi irréalisable que la Western States. Il aurait fallu m’y consacrer plus tôt ; désormais, ces vitesses me son t inaccessibles. Même sur l’Endurance Trail, je savais que j’allais prendre une claque. J’aurais pourtant aimé la couronne de lauriers — sans parler des grosses primes actuelles ! (rires)
𝟐𝟎𝟐𝟔 𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐭𝐨𝐢 𝐮𝐧𝐞 𝐬𝐚𝐢𝐬𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐮𝐯𝐞𝐚𝐮𝐭𝐞́𝐬 : 𝐌𝐃𝐒, 𝐄́𝐜𝐡𝐚𝐩𝐩𝐞́𝐞 𝐁𝐞𝐥𝐥𝐞… 𝐞𝐭 𝐥’𝐄𝐧𝐝𝐮𝐫𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐓𝐫𝐚𝐢𝐥. 𝐏𝐨𝐮𝐫𝐪𝐮𝐨𝐢 𝐥𝐞𝐬 𝐓𝐞𝐦𝐩𝐥𝐢𝐞𝐫𝐬 𝐚̀ 𝐜𝐞 𝐦𝐨𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐫𝐞́𝐜𝐢𝐬, 𝐚𝐥𝐨𝐫𝐬 𝐪𝐮𝐞 𝐭𝐮 𝐬𝐚𝐯𝐚𝐢𝐬 𝐧𝐞 𝐩𝐚𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐲 𝐞̂𝐭𝐫𝐞 𝐩𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐭 ?
Mon idée : roulant en début de saison, moins roulant au milieu, roulant à la fin. Les Templiers collaient à ce schéma et à l’invitation de Private Sport Shop. Mais après l’Échappée Belle, la semaine de l’UTMB, un passage sur le GR20 et un stage à La Réunion juste avant Millau, je savais ne pas arriver à 90 %. Il aurait fallu travailler vitesse et plat, sans abandonner montées et descentes. Donc : fessée annoncée.
𝐀𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐝’𝐡𝐮𝐢, 𝐥𝐚 𝐛𝐥𝐞𝐬𝐬𝐮𝐫𝐞 𝐞𝐬𝐭 𝐝𝐨𝐮𝐛𝐥𝐞 : 𝐮𝐧 𝐠𝐞𝐧𝐨𝐮 𝐚̀ 𝐨𝐩𝐞́𝐫𝐞𝐫 𝐞𝐭 𝐮𝐧 𝐭𝐞𝐧𝐝𝐨𝐧 𝐬𝐞𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞́. 𝐂𝐨𝐦𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐯𝐢𝐬-𝐭𝐮 𝐜𝐞 𝐩𝐫𝐞𝐦𝐢𝐞𝐫 𝐯𝐫𝐚𝐢 𝐜𝐨𝐮𝐩 𝐝’𝐚𝐫𝐫𝐞̂𝐭 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐭𝐚 𝐜𝐚𝐫𝐫𝐢𝐞̀𝐫𝐞 ? 𝐍’𝐞́𝐭𝐚𝐢𝐭-𝐢𝐥 𝐩𝐚𝐬 𝐭𝐞𝐦𝐩𝐬 ?
En 2015, deux déchirures aux mollets m’avaient déjà arrêté quatre à six semaines, dans une année surchargée entre travail et travaux. Si 2026 produit la même suite que 2015, c’est encourageant ! (rires). Mais ce sera mon premier arrêt complet de six semaines. Avec l’âge, j’avais renoncé aux coupures annuelles : revenir au niveau devenait trop difficile. Cette reprise le sera forcément. On peut sortir la phrase bateau : « Ce qui ne tue pas rend plus fort. » Je doute que retirer du cartilage et suturer un tendon me rende plus fort…
𝐎𝐧 𝐭𝐞 𝐝𝐢𝐭 « 𝐢𝐧𝐨𝐱 », 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐥’𝐚̂𝐠𝐞 𝐚𝐯𝐚𝐧𝐜𝐞. 𝐃𝐚𝐧𝐬 𝐮𝐧 𝐜𝐨𝐢𝐧 𝐝𝐞 𝐭𝐚 𝐭𝐞̂𝐭𝐞 : 𝐭𝐞 𝐭𝐨𝐮𝐫𝐧𝐞𝐫 𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐭𝐬 𝐫𝐨𝐮𝐥𝐚𝐧𝐭𝐬 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐓𝐞𝐦𝐩𝐥𝐢𝐞𝐫𝐬, 𝐨𝐮 𝐚𝐮 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐭𝐫𝐨𝐩 𝐫𝐚𝐩𝐢𝐝𝐞𝐬 ?Les Templiers proposent de vraies montées, descentes et sections techniques. Mais il faut courir vite et, sur dix heures d’effort, cela devient difficile à mon âge. Sur vingt heures, c’est peut-être différent. L’Échappée Belle m’a montré que le très technique se compliquait aussi. J’ai moins d’engagement dans les mauvaises descentes : réactions et jambes moins rapides, davantage de réflexion sur les conséquences d’une chute. Pour la première fois, je me suis dit : « Je serai content d’arriver sans me blesser. » Je suis arrivé sans me blesser… puis me suis blessé après. Des parcours plus faciles me conviendront peut-être mieux. La Hardrock reste peu technique ; la Diagonale l’est davantage. Il faut trouver le compromis entre vitesse et engagement…
✍ Propos recueillis par Julien Gilleron
* 2008 — 𝐿𝑒𝑠 𝑇𝑒𝑚𝑝𝑙𝑖𝑒𝑟𝑠, 72 𝑘𝑚 : 4𝑒 𝑒𝑛 6 ℎ 40’46’’. 2011 — 𝐿𝑒𝑠 𝑇𝑒𝑚𝑝𝑙𝑖𝑒𝑟𝑠, 71,8 𝑘𝑚 : 7𝑒 𝑒𝑛 7 ℎ 05’41’’. 2018 — 𝐺𝑟𝑎𝑛𝑑 𝑇𝑟𝑎𝑖𝑙 𝑑𝑒𝑠 𝑇𝑒𝑚𝑝𝑙𝑖𝑒𝑟𝑠, 78,4 𝑘𝑚 : 10𝑒 𝑒𝑛 7 ℎ 20’31’’.