06/07/2019
Journal de bord mon bicloune trip jour 9
Je suis resté quelques jours sans écrire. Je voulais prendre un peu de temps pour digérer la fin de mon voyage et relativiser. Le jour de mon retour était surtout teinté d'amertume et de honte. En effet, ça ne s'est pas passé comme j'avais cru.
Après les galères des jours précédents, je me suis réveillé ce mercredi dans une zone industrielle à la con, comme il y en a partout en Belgique en périphérie des villes. J'avais le dos en compote, plus de gaz pour me faire un café et plus de briquet pour m'allumer une clope. Du coup, je remballe assez vite et je reprend la route.
Même après une nuit de sommeil, mes jambes, mes fesses, mes reins, mes bras, mes épaules, mes mains me font souffrir après moins d'une heure de route. Je suis sale, je sens mauvais. J'ai le moral au plus bas.
Je pousse jusque Huy, la prochaine ville importante. Une fois arrivé, je sais qu'aller plus loin serait véritablement pénible et je n'en ai pas envie. Je me dirige donc vers la gare. Je suis sur le chemin du retour et je vais accélérer les choses en prenant le train. Les quelques euros qui me restent me permettent d'aller à Mons, donc bien plus près de la France. C'est parti.
Je dispose d'une heure vingt de repos, assis sur un siège rembourré. J'ai même une prise pour charger mon téléphone. L'argent, c'est magique.
A Mons, je regarde les trains qui reviennent en France. Trop chers. Mais mon téléphone est chargé. J'appelle à l'aide et trouve des gens qui veulent bien faire la route. Ils en profiteront pour acheter un stock te tabac. Ça me console un peu. Je finis par rentrer en voiture.
D'un certain point de vue, ce voyage est un échec. Je ne suis pas du tout allé aussi loin que je l'espérais et je suis rentré bien plus tôt que prévu. C'est dû à plusieurs choses. Pour commencer, ma préparation physique et logistique laissaient franchement à désirer. Physiquement, même si je fais du vélo tous les jours, en faire toute la journée est une chose complètement différente. En plus, mon manque d'expérience des huit heures, voire plus, passées chaque jour sur le vélo, a fait que je suis parti avec de mauvais réglages, notamment une selle trop haute. Je me suis bien flingué les deux premiers jours avec ça. J'ai pris aussi trop de poids sur Francis. J'aurais facilement pu acheter la nourriture sur le chemin, par exemple, sans que ça me coûte plus cher.
Au niveau logistique, je sais maintenant qu'il faut préparer toutes les étapes, jour par jour et savoir où on dort chaque nuit. Cette question du couchage est capitale. Faire du camping sauvage dans des zones urbanisées revient à vivre comme un clochard. Je ne dis pas SDF, mais bien clochard. C'est usant, démoralisant et avilissant. Moi qui n'ai pas de difficultés d'habitude à aller vers les gens, je n'y arrivais pas. Après quelques jours à planter la tente à côté des voies ferrées ; à flipper qu'on me vole mes affaires, ou pire ; à me laver succinctement aux robinets des cimetières ; je ne me sentais pas digne de... pas digne, tout court.
La cagnotte que j'ai constituée, grâce à tous mes généreux amis et ma famille, m'a permis d'acheter le matériel. Mais il en restait pour les frais sur la route. Seulement voilà, la veille de mon départ, lundi matin, j'ai perdu ma carte bleue. J'avais un peu de cash, mais je devais faire attention tout le temps. Les nuits en camping, on oublie. Le site warm showers, où je devais trouver des contacts pour être accueilli chez des gens, est tombé en rade et il n'y avait plus moyen de contacter personne. Si on rajoute à ça les jours de canicule, tout était contre moi. Comme le dirait ma chérie Laetitia, l'univers me disait que ce n'était pas le moment, qu'il fallait repousser. Et je ne l'ai pas écouté. Je n'en ai fait qu'à ma tête et je suis parti quand-même.
Oui, c'est un échec, mais ça n'est pas que ça. Ce voyage a été une expérience très enrichissante, qui a changé le regard que je porte sur le monde et sur moi-même. Mon ego en a pris un coup, et c'est bien fait pour sa gu**le. Je me connais mieux. Je serai plus humble et donc plus fort. Et puis j'ai quand-même roulé 500 kilomètres en Francis. C'est pas rien non-plus.
Ce ne sera pas mon dernier bicloune trip. Mais les prochains seront radicalement différents. Grâce à ma cagnotte, j'ai tout le matos pour voyager à vélo et je vais m'en servir.
Je pense à un moyen de remercier tous ceux qui m'ont aidé dans la réalisation de cette aventure. Ça va venir vite. Et je demande sincèrement et humblement pardon à ceux que j'ai déçu.