09/10/2026
« Joindre les pas à la parole.
Un lieu peut-il exister sans la lecture des hommes ? Peut-il seulement avoir un nom ? La charge sémiotique de Bonifacio est immense mais aurait pu rester brute, éternellement contenue dans les masses minérales, végétales et même, à certains égards, urbaines. Qui peut alors libérer le sens ? La presqu’île de Bonifacio a pu demeurer durant des millénaires voire des millions d’années tout à la fois dans sa force et dans son aphasie. Puis vint le sentier comme une première écriture des hommes, ouvrant désormais la possibilité
des paroles aux Bouches de Bonifacio. La Marche des écrivains vient aujourd’hui y semer quelques minuscules pèlerins, promeneurs d’un jour, avec des mots pour toute provision. Ils viennent lentement
relever le défi de l’indicible, dans le vertige du temps et des éléments. Pas à pas, l’engagement les emporte et ils finissent par articuler les sons et le sentier, devenu
rempart inexpugnable, est vaincu par le texte.
Car le pari est bien là : ne pas se laisser dicter le sens par les puissantes images mais lire et relire. Ne pas se laisser cueillir par le lieu mais se laisser habiter. Et dire.
Ce lieu force le texte et inversement, il suffisait de penser à inviter les bardes des temps modernes pour rendre une infime partie de ce qu’il recèle. »
Alain Di Meglio,
Professeur émérite, linguiste, adjoint au Maire de Bonifacio et poète présent lors de La Marche des écrivains qui aura lieu ce samedi 10 octobre.