16/01/2026
Sur une distance exigeante de 43,5 kilomètres, reliant Ebebda à Monatélé, les athlètes (seniors dames et messieurs, juniors, vétérans et personnes à mobilité réduite ) emprunteront l’ossature routière du département de la Lékié. Ce parcours, rigoureusement contrôlé par la Direction technique nationale, comprend plusieurs points de validation garantissant l’intégrité de la course, excluant toute forme d’improvisation ou de tricherie.
Mais, l’enjeu principal dépasse la performance sportive.
La route, première cause de mortalité silencieuse
Le thème choisi pour cette édition, « Stop à l’incivisme sur nos axes routiers », sonne comme une alerte. Au Cameroun, les accidents de la circulation représentent la deuxième cause de mortalité après les maladies infectieuses, avec environ 3 000 décès annuels selon les données du ministère des Transports. Ces accidents touchent particulièrement les populations actives, les jeunes âgés de 15 à 35 ans, ainsi que les familles modestes, fragilisant davantage le tissu social.
Les causes sont multiples : excès de vitesse, surcharge des véhicules, non-respect du code de la route, corruption au sein des forces de l’ordre. Ces comportements ont banalisé le danger, transformant les routes en espaces où la vie est constamment menacée. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le Cameroun affiche un taux de mortalité routière de 29,3 pour 100 000 habitants, nettement supérieur à la moyenne africaine.
Le MARADEL s’attaque à cette normalisation du risque. En amont de la course, une foire de sensibilisation de cinq jours se tiendra sur l’esplanade de l’Hôtel de Ville de Yaoundé. Elle réunira administrations publiques, forces de sécurité, acteurs du transport, professionnels de la santé et organisations de la société civile. Cette démarche, rare par son ampleur, articule prévention, pédagogie et responsabilité collective.
La Lékié mise en vitrine
Pour le département de la Lékié, l’événement constitue une opportunité stratégique. Longtemps perçue comme un simple couloir de transit entre Yaoundé et le Nord du pays, la Lékié s’affirme désormais comme un territoire d’initiatives capable de porter un événement d’envergure nationale.
Les retombées sont multiples. Sur le plan économique, le marathon stimule l’activité liée à l’hébergement, la restauration, le commerce local et l’artisanat. Socialement, il mobilise les jeunes, les associations et les collectivités locales, renforçant le tissu communautaire. Symboliquement, il réconcilie sport, civisme et fierté territoriale.
À travers le MARADEL, la Lékié ne se contente plus d’accueillir : elle propose, interpelle et rayonne.
Une initiative portée par une vision
Ambroise Awono, promoteur du marathon, incarne cette nouvelle génération d’acteurs locaux pour qui le sport s’inscrit dans une démarche de responsabilité sociale. Sa conviction est simple : chaque kilomètre parcouru peut sauver une vie, à condition que le message touche les consciences.
Dans un pays où les politiques publiques de prévention peinent à produire des résultats durables, l’initiative privée, lorsqu’elle est structurée et inclusive, devient un relais crédible de l’action publique. Le MARADEL s’inscrit ainsi dans une logique de complémentarité, non de substitution.
Quand courir devient un acte citoyen
Alors que la route continue de faire des victimes dans une relative indifférence, le Marathon de la Lékié rappelle que la lutte contre l’incivisme ne se gagne pas seulement par la répression, mais par la mobilisation collective, l’exemplarité et la pédagogie de masse.
En faisant du sport un espace de conscience, en mettant la Lékié sous les projecteurs nationaux et en appelant à un changement de comportements, le MARADEL transforme l’effort physique en engagement citoyen.
Plus qu’une course, un signal fort adressé à toute la société camerounaise : la route est un bien commun, et la vie n’admet aucun raccourci.
Texte de Louis EBENE
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