30/05/2026
𝗣𝗿𝗲́𝘀𝗲𝗿𝘃𝗲𝗿 𝗻𝗼𝘀 𝘀𝘆𝗺𝗯𝗼𝗹𝗲𝘀, 𝘁𝗿𝗮𝗻𝘀𝗺𝗲𝘁𝘁𝗿𝗲 𝗻𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗵𝗲́𝗿𝗶𝘁𝗮𝗴𝗲 : 𝗿𝗲́𝗳𝗹𝗲𝘅𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗮𝘂𝘁𝗼𝘂𝗿 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗱𝗲́𝗰𝗹𝗮𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝘂 𝗖𝗼𝗻𝘀𝗲𝗶𝗹 𝗱𝗲𝘀 𝗖𝗵𝗲𝗳𝘀 𝗧𝗿𝗮𝗱𝗶𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻𝗲𝗹𝘀 𝗱𝗲 𝗹'𝗢𝘂𝗲𝘀𝘁
La récente déclaration du Conseil des Chefs Traditionnels de l'Ouest sur la profanation et l'usage anarchique des attributs traditionnels mérite toute notre attention.
Au-delà du communiqué lui-même, elle soulève une question fondamentale : celle de notre rapport à notre patrimoine culturel, à nos symboles et à notre mémoire collective.
Pendant longtemps, les attributs traditionnels tels que le Ndop, les chapeaux, les tabourets, les peaux symboliques, les cornes, les cauris et bien d'autres insignes de pouvoir et de dignité ont été porteurs de significations précises. Ils traduisaient un statut, une responsabilité, une appartenance, une fonction ou un niveau d'initiation au sein de nos communautés.
Aujourd'hui, force est de constater que la mondialisation, l'urbanisation, la rupture des mécanismes traditionnels de transmission et parfois la simple méconnaissance ont contribué à banaliser certains de ces symboles. Des objets autrefois chargés de sens sont parfois utilisés sans que leur histoire, leur fonction ou leur portée culturelle ne soient véritablement connues.
La réaction de nos autorités traditionnelles apparaît donc comme un rappel nécessaire à l'ordre et à la responsabilité collective. Elle témoigne également de la volonté des gardiens de nos traditions de préserver ce qui constitue l'un des fondements de notre identité culturelle.
Toutefois, cette démarche ne devrait pas se limiter à une dénonciation ou à une interdiction de principe. Le véritable défi réside dans la sensibilisation, l'éducation et la transmission des savoirs.
Beaucoup de personnes utilisent aujourd'hui certains attributs traditionnels non par irrespect, mais simplement parce qu'elles n'en connaissent ni l'origine ni la signification. Il devient donc indispensable de documenter, d'expliquer, d'enseigner et de rendre accessibles les connaissances relatives à notre patrimoine.
Nos chefferies, nos universitaires, nos chercheurs, nos artistes, nos acteurs culturels, nos musées et nos associations patrimoniales ont tous un rôle à jouer dans cette dynamique.
Nous avons besoin d'inventaires, de publications, d'expositions, de conférences, de programmes éducatifs et d'espaces de dialogue permettant aux jeunes générations, au Cameroun comme dans la diaspora, de mieux comprendre la richesse et la complexité de leur héritage culturel.
La sauvegarde du patrimoine ne consiste pas seulement à protéger des objets ; elle consiste avant tout à préserver les connaissances, les valeurs et les significations qui leur donnent vie.
Je salue donc cette prise de position du Conseil des Chefs Traditionnels de l'Ouest et forme le vœu qu'elle marque le début d'une vaste réflexion collective sur la transmission, la valorisation et la protection de notre patrimoine culturel.
Car lorsqu'un peuple connaît ses symboles, il apprend à les respecter. Et lorsqu'il les respecte, il contribue à transmettre son identité aux générations futures.
Edith Flaure MIPO TCHINKOU
Architecte, Chercheure en patrimoine culturel et architectural africain
Promotrice du Festival National du Ndop, des Dérivés et Accessoires
Association Kotchink - Culture Africaine & Paradigme - Kotchink Consulting - Ecrivons l'Afrique UNESCO Unesco Yaounde