08/21/2025
On assiste à l’embourgeoisement de l’agriculture de proximité.
On célèbre les petits élevages « libres », rustiques, artisanaux, pendant qu’on critique l’industrie.
Je comprends qu'on puisse critiquer certains aspects des pratiques industrielles mais jaimerais m'attarder sur un point. Qu’est-ce que l’industrie au fond ?
Ne serait-ce pas l’efficacité paysanne poussée au maximum, étudiée sous microscope, clonée jusqu’à la caricature?
L’agriculture, ça fait des millénaires que l’humain la peaufine.
Un paysan d’antan n’avait pas de Costco où se réapprovisionner en cas d’échec.
Chaque grain comptait, chaque bête comptait. On ne le faisait souvent pas par choix mais par necessité.
Les méthodes des éleveurs les plus productifs étaient copiées, transmises, perfectionnées.
Le paysan d’hier ne s’arrêtait pas dans des idéaux éthiques : il survivait.
Et s’il pouvait produire plus avec moins, il le faisait volontier
L’industrialisation n’a rien inventé : elle a juste accéléré la cadence.
J'aime prendre l’exemple du poulet industriel qu'on aime diaboliser 🐔👹 Pourtant, les chiffres sont clairs :
Industriel : mortalité de 3-5 %, 1,6 kg de moulée pour 1 kg de viande, 0,1 m² par oiseau.
Moyenne petit élevage selon MAPAQ: mortalité de 15 %, 2,5-3 kg de moulée pour 1 kg de viande, pertes constantes par prédation, froid ou maladie (ou plus souvent qu'autre chose, incompétance)
Résultat : moins de nourriture, plus de gaspillage, plus de souffrance animale, plus de pétage de bretelles et surtout, c'est instagrammable🙃
Le même discours existe pour le lapin.
On oppose la cage, présentée comme cruelle, à l’enclos rustique, idéalisé comme naturel.
Mais la réalité est identique à celle du poulet :
En cage : mortalité faible, maladies contrôlées, rendement optimal.
En enclos rustique : pertes massives, blessures, maladies, gaspillage de moulée.
Bref ce n’est pas de l’éthique. C’est de l’inefficacité maquillée en vertu 🤦♀️
J’ai un petit élevage, oui. Mais j’utilise les mêmes méthodes que l’industrie. Pas pour la rentabilité ou le profit, mais
parce que ce sont les meilleurs. Parce que chaque bête doit compter.
Aujourd’hui, se lancer en agriculture de proximité n’est plus à la portée du commun des mortels.
Un petit lot de terrain est devenu un privilège, un luxe réservé à ceux qui ont déjà les moyens.
Alors quand ces mêmes propriétaires, confortablement installés, se permettent ensuite de critiquer les méthodes efficaces qui, elles, nourrissent réellement la population, je me dis que c'est facile de jouer au paysan quand le frigo est plein et qu'on a sa carte privilège costco, cest facile de parler éthique quand on a les moyens d'absorber les pertes sans conséquences réelles!
Le respect n’est pas dans la cage dorée, mais dans l’efficacité et la reconnaissance de la vie qu'on prend.
Un animal élevé doit servir la table, pas flatter la conscience des bourgeois.
L’efficacité de l'industrie n’a pas trahi la paysannerie : elle en est l’héritière radicale.