09/11/2015
Voici le journal de ma randonnée. English version will be available later.
Moins un jour avant de fouler le sentier The Hundred-Mile Wilderness
Départ de Lanoraie à 4h30 du matin en direction de l’État du Maine, plus précisément vers Katahdin Air Sea Base, soit environ 7 heures de route de chez moi.
Après avoir passé Jackman la petite municipalité de 862 habitants située à l’ouest du Maine près de la frontière canadienne, le chemin de gravier est extrêmement difficile. On dirait que mon véhicule vieillie prématurément d'un coup. Se sera plus de 2h30 de conduite sur ce chemin rocailleux rempli de nies de poule.
J'ai eu de la difficulté à trouver la base d’hydravion de Katahdin Air, puisque le GPS ne fonctionne pas dans cette région. J'avais bien les directives, mais celles-ci étaient écrites pour un voyageur provenant de l'Est et non de l'Ouest comme moi. Après avoir pris le temps de m’informer de la bonne direction auprès du caissier du dépanneur situé sur Golden Road, J’ai trouvé le moyen de passer juste devant la base sans m’en rendre compte. Le type m'a dit "Tu tournes à droite et tu vas jusqu'au bout du chemin. C'est là que tu trouveras la base d'hydravion". Nous n'avions pas la même définition de ce qu'était "le bout du chemin". En réalité, je n'avais qu'un demi kilomètre à rouler avant de trouver ma destination. Je me suis donc rendu au « véritable » bout du chemin qui mène Abol Bridge Campground. À partir de là, j'ai téléphoné à Jim, mon contact et pilote chez Katahdin Air. Il est venu me récupérer vingt minutes plus t**d en à Abol Bridge, là où¸ je laisserai ma voiture pour les 8 prochains jours.
Vers 14h15, nous prenons notre envol à bord de son hydravion en direction de Hebron Lake, Monson.
Nous survolons la région que je marcherai dans les 8 prochains jours. Jim connait bien le secteur et m’indique approximativement le sentier sur lequel je marcherai. J’en profite pour prendre des photos et pour me visualiser sur le sentier.
Nous amerrissons sur Hebron Lake après environ 30 minutes de vol au dessus de la forêt et des magnifiques lac du Maine. Salutations et remerciements à Jim et je me dirige vers l'endroit où¸ je passerai ma dernière nuit dans un lit douillet: Shaw's Hostel.
L'accueil est chaleureux. C'est Hippi Chick qui me reçois et qui me montre ma chambre. En principe, j'ai une chambre privée. Cependant, elle me demande si ça me dérangerait si jamais elle recevait un ou une randonneuse en fin de journée et que celui-ci partage la chambre avec moi. Bien-sûr j'accepte en espérant tout de même demeurer seule dans la chambre. Hippi Chick est le Trail name de la propriétaire. Elle a conservé se nom après avoir complété la longue randonnée de l’Appalachian Trail avec son mari, Poet. Elle prend soins de me demander si je prendrai le déjeuner avec eux, ainsi que la navette qui mène les "Hikers" au début du fameux sentier du The Hundred-Mile Wilderness. Je confirme que je prendrai certainement le légendaire déjeuner de Poet: 3 oeufs, bacon, patates et crèpes à volontés et que je profiterai du transport vers le début du sentier.
J'espèrais rencontrer Thom Ingram, une connaissance Facebook qui avait tenté, 10 jours auparavant, de faire la même randonnée que je m’apprête à entamer. Il avait dû abandonner l'aventure après s'être blessé au genou et à la hanche en début de randonnée. Thom semble être un type sympathique et il me faisait plaisir de le rencontrer en personne. Il m'avait offert de partager des informations concernant différents sites de camping non-répertoriés le long du sentier. Malheureusement, nous nous sommes manqué.
Il était maintenant temps d'aller prendre un bon souper. Je vais donc au Lakeshore hotel, un autre endroit populaire et apprécier chez les Thru Hikers. Je prends une bonne bière froide et un excellent burger maison. La serveuse n'est pas nécessairement dès plus sympathique, mais demeure gentille. Je profite de la connexion Wi-Fi gratuite pour envoyer un message à ma blonde et pour mettre mon site Facebook à jour. J'observe la clientèle qui est majoritairement composée de randonneurs. Quelques clients locaux discutent au bar. Moi, je préfère rester seul à ma table n’ayant aucune envie de socialiser avec les autres clients.
De retour à la chambre, je vérifie mon équipement pour m'assurer que tout est en ordre pour le jour J. Je vais au lit très tôt, soit vers 20 heure.
Jour 1 - 26 juillet 2015 ‡ Le début de l’aventure
Hier soir, vers 23 heures, j’entends frapper à la porte de ma chambre. Les coups sont tellement puissants que j'ai l'impression qu'il y a le feu à l'auberge et qu'on vient m'avertir du danger. Je vais ouvrir rapidement et je vois devant moi une dame dans la soixantaine qui me demande si elle peut partager la chambre avec moi. Tout endormi, je lui réponds qu'il n'y a aucun problème et je retourne dans mon lit situé au fond de la pièce. La dame s'installe dans le lit près de la porte.
Ma montre me réveil à 5h30. Je prépare mon équipement, je mets mon Facebook à jour et je discute avec ma blonde via Facetime. À 7h00, je déguste un déjeuner dès plus copieux préparé par le chef Poet. Une quinzaine d'autres randonneurs profitent également du repas soigneusement préparé par le copropriétaire de Shaw's.
Le ventre bien rempli, nous quittons Shaw's à 8h30. C’est une Thru hiker en Zero day (journée de repos) qui nous conduit à la route 15 au début du sentier The 100 Mile Wilderness. Nous sommes 4 randonneurs qui prenons le départ au même moment. Je suis bien conscient que je ne serai pas à la hauteur des 3 Thru Hikers devant moi. Avec plus de 4 mois de pratique, ces gars là ont des jambes bioniques. Ils prennent successivement le départ devant moi. Ils disparaitront dans la bruine et je comprends que jamais je ne reverrai ces marcheurs professionnels.
J'observe l'entrée du sentier de 161 kilomètres qui se trouve devant moi. Je sens la nervosité et l’excitation m'envahir. C'est un sentiment très particulier que de me répéter que j'entre ici au Sud et que je sortirai de l’autre côté de la forêt dans 8 jours, soit 100 miles (161km) plus loin au nord. C'est un départ pour l’aventure.
Le sentier qui se dresse devant moi est boueux et rempli de racines. La difficulté du terrain n'est pas encore grande, mais avec les 48 livres de mon sac à dos je sens déjà mon corps au travail. La pluie est légère et mon pas est lourd.
Une erreur non pas majeure, mais simplement évitable
Lors de la traversée de Little Wilson Stream, je fais la gaffe de sous estimer le niveau de celle-ci. Je choisis de ne pas retirer mes bottes et je mets le pied à l'eau. Il ne faudra pas 3 secondes pour que mes bottes soient inondées du liquide clair et froid. Mes pieds demeureront probablement mouillés pour plusieurs jours, si ce n'est pas pour le reste de l'aventure. J’ai compris, chacune des rivières que je traverserai, je ne ferai pas un paresseux de moi et je prendrai le temps de me déchausser et d’enfiler mes chaussures spécialement conçu pour marcher dans l’eau.
Je passe ma première nuit à Wilson Valley Lean-To. J'installe mon campement. Il est 16h00. Je prépare mon Kraft Dinner qui sera dès plus infecte. En plus d'être pâteux, j'ai même oublié d'ajouter le fromage au mélange. Je met ça sur le compte de la nervosité. J’ajoute de l’huile d’olive pour rendre le tout un peu plus mangeable. Au Lean-To, il y a une petite famille; Dad, Blaze et Son. Cette famille s'apprête à compléter la dernière section de l'Appalachian Trail. Blaze avait 9 ans lorsqu'elle et sa famille ont entamé cette longue marche de 2262 miles. Aujourd'hui Blaze est âgée de 17 ans.
Il est maintenant 19h10. C'est le temps d'aller au sommeil. Et oui déjà…
Jour 2 - 27 juillet 2015 ‡ Je profite des rayons de soleil
La levée du corps se fait à 5h30. Mon déjeuner ce matin consiste à de simple céréale Harvest Crunch et une Pop Tart. Je démantèle mon campement et me voila prêt pour débuter ma journée de marche.
Aujourd'hui, le sentier est plus difficile que la veille. Il y a beaucoup plus de dénivelés. Je souhaitais me rendre jusqu'à Chairback Mountain Lean-To, mais étant donné que le soleil s'est pointé le bout du nez, je choisi de m'arrêter à Cloud Pond Lean-To pour faire sécher mes vêtements. Il est seulement 15h00.
Je prends ça relaxe. J’étend mes vêtements mouillés par la pluie et par la transpiration pour que le soleil effectue son travaille. Vers 17h00 je commence à entendre le grondement du tonnerre au loin. J'ai l'impression que ça va tomber fort dans les prochaines heures. Il peut pleuvoir cette nuit, mais j'aimerais bien que la prochaine journée de marche en soit une au sec. Me voilà en ret**d d'environ 7 miles par rapport à mon itinéraire initial. Aujourd'hui, je pense encore plus à ma blonde que d’habitude. Elle me manque.
Jour 3 - 28 juillet 2015 ‡ J’avance et je pousse
La forêt a tremblée la nuit dernière. Je ne crois pas avoir déjà entendu des coups de tonnerre aussi puissant de toute ma vie. Je me sentais franchement comme un enfant perdu au milieu de la nuit au milieu de la vallée et qui souhaite seulement avoir sa maman auprès de lui pour le réconforté. C’est une image, mais j’avais l’impression que le tonnerre était pour arracher mon hamac et que les éclairs étaient pour illuminé le ciel jusqu’au lendemain.
Au petit matin, la pluie avait cessée. Tôt, je suis prêt à partir pour franchir les prochains sommets soient :Third Mountain, Fourth Mountain Columbus Mountain et Chairback Mountain. Au sommet de Third Mountain j'ai la chance d'avoir un signal cellulaire, je peux donc échanger quelques textos avec ma blonde. Je lui confirme que tout va pour le mieux. C'est toute de même réconfortant pour tout les deux de savoir que tout va bien.
Je poursuis ma route vers Chairback Mountain Lean-To. J'atteints ma destination à 14h00. J'évalue la situation. Il est encore tôt et il me reste de l'énergie en réserve pour pousser un peu plus. Après avoir vérifié la carte topographique, je constate que je peux sans doute marcher quelques miles de plus jusqu'à East Chairback Pond. Je souhaite que se soit un site accueillant où je pourrai installer mon hamac pour y passer la nuit.
J'arrive à East Chairback Pond à 17h00. Le site est inoccupé. Je me dit qu’il ne doit pas y avoir beaucoup de randonneurs qui s'arrête ici pour passer la nuit. Le site est très dégagé avec beaucoup d’arbres morts ou sur le point de perdre le peu de vie qu’ils leur restent. Il y un beau plan d'eau dans lequel je pourrai me rafraichir et me laver. C'est une bonne nouvelle!
Je monte mon campement, je fais un brin de toilette, prépare mon souper et je suis déjà prêt à aller au sommeil à 19h30.
Vers 23 heure, je me réveil pour aller au petit coin. Comme c’est toujours déplaisant de devoir quitter le confort et la chaleur du sac de couchage au milieu de la nuit. À mon retour, j'ai de la difficulté à me rendormir tellement je pense à ce que je suis en train d'accomplir. Je prévois me lever à 5h00 demain matin.
Jour 4 - 29 juillet 2015 ‡ Un détour pour en voir davantage
Tel que prévu, la levé du corps se fait à 5 heure. J'ai du chemin à faire aujourd'hui. Je souhaite voir Gulf Hagas, particulièrement Screw Auger Falls. Ben oui, ce n’est pas à tous les jours que je passe près d’une chute portant mon nom, même si ce nom sonne quelque peu bizarre dans les circonstance. Selon mes lectures, l'endroit semble fort intéressant et mérite le détour. C'est 5.3 miles de plus à ajouter à mon itinéraire.
Je dois avouer que l'endroit est charmant avec sa suite de cascades et de chutes. À bien y réfléchir, c'est effectivement très beau, mais pour une randonnée d’une journée. Je ne trouve pas que ça vaut le détour et l’effort lors d'une longue randonnée comme celle que je suis en train de faire. J'aurais peut être du conserver mes forces pour avancer plus loin sur l’ Hundred 100 Mile. Je complète donc la boucle pour revenir sur l'Appalachain Trail. Mon prochain objectif est de me rendre à Leeman Lean-To.
J'ai franchement très chaud. Il y a beaucoup d'humidité dans l'air. Mon filtre Sawyer m'inquiète puisque son débit est très lent même après l'avoir nettoyé. J'ai bien un plan B pour filtrer mon eau, mais la quantité de Prestine qu’il me reste ne sera possiblement pas suffisante pour le reste du voyage. J’aurai dû acheter deux bouteilles neuves. Une leçon que je retiendrai. Ne pas partir avec des produits entamés. Toujours partir avec du neuf.
Finalement, j'arrive à Leeman Brook Lean-To qui semblait ne jamais vouloir se pointer. Je vois deux visages familiers; Amanda et Traver (Cousin cousine que je croise régulièrement sur le sentier depuis le jour 1). Sur le site, il y a également un groupe d'environ 15 ou 20 adolescentes qui sont en train d'effectuer la traversée du Maine du Nord au Sud.
Souper, feu, discussion avec un Thru hiker avec qui j’accepte de partager son reste de Mash potatos.
Jour 5 - 30 juillet 2015 ‡ Je monte pour mieux redescendre
Je me réveil en même temps que les "silencieuses". Le groupe de jeunes filles est déjà actif. Elles sont en train de démonter leur campement dans un silence de moine, tous à l'unisson comme si un chef d'orchestre dirigeait le groupe avec des messages codés.
Aujourd'hui, dernières montées d'importances. West Peak, Hay Mountain et White Cap. White Cap étant le point le plus élevé de cette randonnée. En principe, à partir du son sommet, je pourrai faire parvenir un message texte à ma blonde Marie-Hélène.
Pendant la montée de West Peak, j'oublie à quel endroit où je suis et je pense que je suis déjà en direction de White Cap. Déception que de constater que je suis seulement sur la première des trois montagnes à franchir aujourd'hui.
Une fois arrivé au sommet de White Cap Mountain (3,654 f), je suis soulagé. Le plus haut sommet du HMW est maintenant atteint. Je m'empresse donc de sortir mon Iphone pour donner des nouvelles à Marie-Hélène. J'ai un signal cellulaire! Par contre, mon message texte reste sans réponse. Évidemment Marie-Hélène n'est pas devant son portable à attendre un message de ma part. Je décide donc d'essayer de la téléphoner à la maison. Une voix familière répond à mon appel. Marly me passe Marie-Hélène qui heureusement n'est pas loin. Ça me fait du bien d'entendre sa voix. Cela me donne le courage nécessaire pour poursuivre ma longue marche vers Abol Bridge. Après avoir échangé quelques mots, je prends quelques photos du sommet et me prépare à passer de 3,654 pieds à 1000 pieds au dessus du niveau de la mer. Je prends la direction de East Branch Lean-To. J'arrive à 13h30. J'évalue la situation. Est-ce que je poursuis encore un peu plus loin pour reprendre mon ret**d sur mon horaire ou bien si je reste sur place jusqu'au lendemain matin. Il est quand même tôt pour m'arrêter maintenant. Je décide que c'est suffisant pour aujourd'hui. Je vais faire le plein d'énergie, afin de faire davantage de millage demain. Cela me permettre aussi de reposer ma cheville droite que je me suis "Twisté" ce matin en défaisant mon campement. La température est encore très agréable en cet après-midi. Par contre, je sens bien que la pluie sera de la partie cette nuit.
Préparer son campement et faire son souper sous la pluie n'est pas idéal on s'entend là-dessus. Par contre, me laisser bercer par les goutes d'eau qui frappe doucement mon hamac, ça c'est un « must ».
Jour 6 - 31 juillet 2015 ‡ L'anniversaire de ma soeur
Je me réveil ce matin à 4h30. La première pensée du jour est que c'est aujourd'hui l'anniversaire de ma grande soeur. J'ouvre mon cellulaire au cas où j'aurais la chance d'avoir un signal. Pas de chance, les ondes sont absentes. J'ai une pensée toute particulière pour ma soeur et je suis triste de ne pas pouvoir lui parler. Bonne fête ma sœur! Je t’aime!
Je devrais parcourir beaucoup de millage aujourd’hui. Un minimum de 16 miles à faire pour garder le cap. À la mi-journée, j’ai commencé à me sentir mal. La crainte d’avoir contracté un microbe en buvant l’eau des ruisseaux et des rivières me traverse l’esprit. Une gastro ou une diarrhée, c'est bien la dernière chose que tu souhaites avoir dans le bois au milieu de nulle part. Ça pourrait gâcher mon aventure d'aplombs. Je poursuis ma route en espérant que ça ne se gâte pas. Finalement, plus de peur que de mal. Le malaise est passé et la forme est au rendez-vous. Au final, j'aurai marché 19 miles. Une bonne journée somme toute! Les 3.5 derniers miles étaient cependant vraiment pénibles. Non pas que le sentier était difficile, mais tout simplement parce qu'il me restait que peu d'énergie pour mettre un pied devant l'autre. J'étais tout de même bien déterminé à rejoindre Potawajo Lean-To.
Je ne suis pas fâché que la fin de ma journée de marche soit terminée. Physiquement et psychologiquement très éprouvant cette fin de marche.
Demain, je vais devoir marcher au moins 20 miles pour atteindre le dernier site où je passerai la nuit; Rainbow Stream Lean-To.
Jour 7 - 1er août 2015 ‡ Une dernière nuit dans les bois
Je me suis levé à 4h30 ce matin, pour un départ à 5h45. J'ai beaucoup d'énergie après une bonne nuit de repos, ce qui me permet de faire beaucoup de millage avant qu'il ne fasse trop chaud. Le sentier est définitivement plus facile jusqu'à Nesuntabunt Mountain. La monté me semble interminable. Ça ne fini plus de finir. Le décor est magnifique, mais je n'ai qu'une seule idée en tête qui est de faire du millage. Donc, je ne prends pas le temps de m'arrêter pour profiter de la beauté qui m'entoure. Aujourd'hui, selon mon itinéraire original, je devrais rejoindre Rainbow Stream Campsite. Mais je comprends que je vais plutôt devoir m'arrêter à Rainbow Stream Lean-To, qui se trouve à environ 4 miles plus près. Quand tu penses que franchir 4 miles prend environ 2 heures, Ça fait la différence lorsque tes jambes te disent qu'elles sont fatiguées.
Après avoir franchie la montagne, la pluie se joint à mon aventure. Ça tombe sérieusement. Je sors donc mon parapluie de randonnée que j'attache à mon sac à dos. Voilà une autre occasion de tester mon équipement. Ça fonctionne très bien. Je peux continuer mon avancée tout en conservant une bonne visibilité, laisser mon corps respirer étant donné que je n'ai pas besoin d'enfiler le "kit" de pluie. Je peux me concentrer là où je mets les pieds, afin d'éviter toute blessure. Glisser sur une roche ou une racine pourrait considérablement nuire à ma marche.
Quand j'arrive au Rainbow Stream Lean-To, je vois le visage familier de randonneurs croisés au long de ma route. Ils se questionnent à savoir s'ils continuent jusqu'au prochain Campsite ou s'ils restent sur place. L'homme, le père des deux jeunes femmes voudrait rester au Lean-To, mais les deux randonneuses qui l’accompagnent, ont encore de l'énergie pour poursuivre. Après s'être reposé, ils quittent en silence le Lean-To. Demain, ça leur fera un peu moins de millage à faire pour sortir du 100 Mile. D'autres randonneurs passent par le Lean-To, mais aucun n'y passera la nuit sauf moi.
Je prends une chance et je vais dans la rivière pour me laver. J'enlève mes vêtements et me savonne rapidement avec le savon bio. Se laver est un moment de bonheur, particulièrement après des heures de transpiration dans la forêt humide. J’aurai eu la chance de pouvoir me laver chaque soir dans l’eau froide d’un ruisseau ou d’une rivière. Il n’y a qu’au jour 2 à Cloud pond que j’avais dû me laver à l’aide de lingettes.
Je prépare mon repas près du Lean-To et je le déguste lentement. Je relaxe maintenant dans mon Hamac en me disant que cette nuit, se sera ma dernière au milieu du long sentier du 100 Mile Wilderness. Je sais maintenant que je vais atteindre mon objectif. Demain, je vais me lever encore plus tôt qu'à l'habitude. J'aurais 15 miles à marcher pour rejoindre mon ami Luc et sa blonde Josée
Plusieurs pensées me traversent l'esprit. Je sais pertinemment que ça n'arrivera pas, mais j'aimerais tellement que ma blonde et les enfants et pourquoi pas mon père et la belle famille se soient organisés pour venir à ma rencontre lorsque je sortirai des bois. Cette aventure n'est pas un exploit en soit. Cependant, cette aventure représente le plus gros défi que j'aurai osé entreprendre dans ma vie. Qu'à cela ne tienne, mon ami d'enfance sera là et nous monterons ensemble le plus haut sommet de l’État du Maine; Baxter State Peak sur le Mont Katahdin.
Jour 8 - 2 août 2015 ‡ Abol Bridge, la rencontre
Je quitte Rainbow Stream Lean-To à 5h15. Quelques heures plus t**d je passe devant le campsite. Je me dis que j'ai bien fait de rester au camp précédent. Il a bien le lac tout près, mais la beauté et le son de la rivière là où j’étais en valaient plus le coup. La température du matin est parfaite pour une marche rapide. Le sentier demeure accidenté, mais je progresse très bien. Je commence à croiser des randonneurs d'une journée. Ça signifie que le début ou pour moi la fin, du sentier approche. Il ne reste qu'un Lean-To sur ma route avant d'arriver à ma destination qui est Abol Bridge. Un sentiment de nostalgie et de fierté m'envahie. Il n'y a plus de doute, je vais terminer ce long chemin de 100 miles quelques heures plus tôt que je ne l’avais prévu. J'arrive à Hurd Brook Lean-To. Je fais une pause pour retirer mes bottes et faire le plein d'eau. J'en profite pour relaxer sur une grosse roche qui traverse la rivière. Il ne reste que 3.5 miles avant la fin.
J'ai envie de savourer ces derniers instants sur le 100 mile Wilderness. J'ai déjà‡ rattrapé le ret**d que j'avais accumulé depuis le début de cette aventure. Je vais terminer ma marche avant 13h00. J'avance maintenant d'un pas léger et lent pour bien profiter du moment présent. Je me demande si Luc et Josée seront déjà sur place. J'avais prévu arriver un peu plus t**d en après-midi, alors il est fort probable qu'ils ne soient pas encore là. En fait, ça fait pratiquement mon affaire, puisque je pourrais aller voir à Abol Bridge Campground s'il est possible de prendre une do**he. Ça serait plus agréable pour tout le monde si je n'avais plus cette odeur de coureur des bois. Et que dire de changer de vêtement. En même temps, j'espère un accueil de Luc et de pourquoi pas de la famille.
J'arrive à la sortie du sentier situé près de Abol Bridge à 12h38. C'est le calme plat. Même pas d'autres randonneurs à l’arriver ou pour un départ. Le sentier s'ouvre sur la route Golden Road. Je marche environ 300 pieds direction Est pour traverser Abol Bridge. Je m'arrête sur le pont pour prendre une photo du Mont Katahdin. La lumière est parfaite et le point de vue excellent sur Katahdin. Je poursuis mon chemin vers le dépanneur situé de l'autre côté du pont. À même le dépanneur il y a un restaurant, c'est également à cet endroit que l'on peut prendre un terrain de camping et même se payer la traite avec une excellente crème glacé maison.
Je demande pour la do**he. Aucun problème pour $5.00 plus les pièces de $0.25 requises pour quelques minutes sous la do**he je vais pouvoir me rafraichir. Après près de 8 jours en forêt, on apprécie la do**he chaude et les vêtements propres.
La jeune fille qui travaille au dépanneur doit commencer à ce demander pourquoi je tourne autour de l'établissement depuis 4 heures maintenant. J'entre pour prendre des boissons, de la crème glacée et pour tenter de faire un appel. Il est maintenant 17 heures et aucune trace de Luc et Josée. Est-ce qu’ils auraient changé d’idée?
Je regarde l'offre du menu du restaurant et je décide de prendre mon souper dans le resto bar adjacent au dépanneur. J'en profite pour enfiler 2 Heineken bien froides. Le retour à de la nourriture "normale" est plus qu'apprécier. Je déguste un burger au bleu accompagné de frites maisons. Je me sens comblé.
Il est maintenant 18h00. Sans nouvelle de Luc et Josée, je vais devoir me diriger vers Katahdin Stream Campground pour m’installer pour la nuit. Juste avant de quitter le restaurant, je note qu'il y a sur le mur près du bar quelque chose qui ressemble à un "router" ou une antenne. Un doute plane dans ma tête. Je demande à la gentille serveuse s'ils n'auraient pas internet par hasard. Miracle! Ils ont internet via satellite. Je sors ma carte Amex et paie les $2.00 requis pour surfer pendant une heure sur la toile.
Mes messages textes font leur entrées et quel bonheur de voir un message de mon chum Luc. Ils seront au camping pour 19h00. Me voilà rassuré de savoir que je vais voir mon ami et que nous pourrons prendre quelques bières ensemble.
J'en profite pour voir si Marie-Hélène ne serait pas disponible pour une petite jasette. Une autre bonne nouvelle, aussitôt que je lui envoi mon message, aussitôt je reçois une réponse. Je peux donc lui faire part de la situation et lui expliquer le plan de match pour les prochaines 48 heures. Elle semble intéressée par mes propos et j'ai l'impression quelle est maintenant rassurée de savoir que tout va pour le mieux. Je lui explique que je devrais arriver soit le lendemain, sinon le surlendemain. Tout dépendra combien de temps nous mettrons pour faire le Mont Katahdin.
Je quitte le restaurant vers 6h45 pour me diriger au camping. Je trouve le terrain S22 et qui vois-je déjà installé! Luc et Josée on déjà monté leur tente et déballé ce qui sera nécessaire pour la préparation d’un bon souper en plein air. Je sirote une bière froide en laissant Luc et Josée préparer les pâtes au pesto. J'ai déjà souper, mais je vais tout de même accepter une petite portion. Après tout, ça fait plus de 7 jours que je suis rationné!
Ça fait du bien de revoir mon grand chum. On ne se voit pas assez souvent. Chaque fois c'est un plaisir renouvelé.
Après 2 ou 3 bières et quelques coupes de vin, il est temps d'aller s'allonger. Il est déjà t**d, 10h45. Le réveil se fera vers 5h00 pour un départ vers 6h30.
Jour 9 - 3 août 2015 ‡ Le sommet
Après un déjeuner nourrissant au gruau et un bon café, nous démontons efficacement notre campement pour nous préparer au départ. 6h30, nous voilà sur le sentier Hunt Trail en direction du plus au sommet de l'État du Maine, Baxter Peak. La veille en après-midi, je me demandais si je serais en forme après avoir marché 100 miles, pour maintenant ajouter les 10 miles nécessaire pour gravir les 4,188 pieds. J'imagine la difficulté que j'avais les 7 derniers jours à monter de plus beaucoup plus petites montagnes s’élevant toutes à moins de 3000 pieds au dessus du niveau de la mer. Comment vais-je pouvoir me rendre demain au sommet situé à 5,268 pieds au dessus du niveau de la mer.
Quelques pas effectué sur le sentier et mon corps me dit déjà qu'il n'y aura aucun problème. Je me sens frais et dispo comme si c'était une randonnée d'un jour après une semaine de repos.
J'ai maintenant un sac à dos très léger avec seulement 3 litres d'eau, un coupe vent, un chandail chaud, une tuque et des gants et de quoi contenter mon estomac et faire le plein d'énergie. Toute une différence avec mon sac de 48 livres. Je me sens léger autant physiquement que mentalement. Je profite de chaque instant passé sur ce superbe sentier. La compagnie de Luc et Josée est dès plus agréable et m'offre une motivation supplémentaire. J'aime beaucoup marcher seul, mais fouler le sol en compagnie de passionné de plein air c'est sans conteste un plus.
Nous atteindrons Baxter Peak vers 10h45. La vue est tout simplement magnifique. Le ciel est dégagé avec pratiquement aucun nuage, pour le moment. Ils annoncent des orages et des vents violent en fin d'après-midi. Nous prenons quelques traditionnelles photos près de l'affiche annonçant le terminus Nord de l’Appalachian Trail. Nous faisons le plein de sucre et de protéines et nous voilà parti sur le Knife Edge.
Ce segment est un incontournable. Les points de vue sont uniques et la sensation de marcher à cheval sur deux précipices est excitante. Sans contredit, je vie un moment bonheur à l'état pur! Nous nous rendons jusqu'à Chimney Pond pour faire demi-tour. Le temps commence à être incertain. Le vent est de plus en plus important et le ciel se couvre. Nous devons revenir sur nos pas pour parcourir à nouveau les 6 miles que nous avons franchis plus tôt. Nous avons un bon pas de marche, mais nous devons demeurer prudent sur une première partie de sentier très escarpée. Il serait facile de se blesser lors de la descente. C'est d'ailleurs lors des descentes que les accidents arrivent le plus souvent. Les randonneurs sont plus fatigués et ils ont hâte de revenir au point de départ, ce qui leur fait prendre davantage de risques sur un sentier déjà périlleux.
Nous arrivons à Katahdin Stream Campground à 17h12. Nous sommes tous encore "top shape". La récompense d'une bonne journée de marche est maintenant nôtre. La bière dont nous rêvions depuis quelques heures est maintenant entre nos mains. Le plan de match maintenant est d'aller à Abol Bridge Campground pour passer la nuit.
Et oui, je retourne voir la même caissière qui travaillent au dépanneur pour prendre cette fois-ci prendre un terrain de camping pour la nuit. Ils offrent de tout à cet endroit c'est fou! Tant que tu peux payer, je pense qu'ils pourraient te trouver n'importe quoi pour satisfaire tes besoins.
Nous installons notre campement. La pluie et les orages ne t**deront pas. Nous devons faire le nécessaire pour nous mettre à l’abri pour le souper et pour passer la soirée. Le travail d’équipe se met en branle. Les tentes sont montées, la "Tarp" est installé pour nous protéger de la pluie. Aller hop dans la do**he et nous sommes prêt pour le souper. Au menu, quoi de mieux que des pâtes, un excellent fromage bleu et...surprise un Porto de 40 anos. Quel plaisir!!!
La pluie et l'orage ne nous empêchent aucunement de profiter de ces derniers moments. Au contraire, cela ajouter au plaisir d'être dans la nature. Nous passerons un moment dès plus agréable à discuter de tout et de rien et à trinquer à l’accomplissement de mon aventure. Merci mon chum d'avoir accepté de venir à ma rencontre et de participer à mon périple.
La nuit sera reposante et nous quitterons tôt le lendemain pour retourner à la vie de tous les jours… jusqu'à la prochaine fois.
Kilométrage quotidien:
• Jour 1 - Route 15 - Wilson Valley Lean-To (11 miles)
• Jour 2 - Wilson Valley Lean-To - Cloud Pond Lean-To (8 miles)
• Jour 3 - Cloud Pond Lean-To - East Chairback Pond (10 miles)
• Jour 4 - East Chairback Pond - via Gulf Hagas loop to Carl A. Newhall Lean-To (12 miles)
• Jour 5 - Carl A. Newhall Lean-To to East Branch Lean-To (10 miles)
• Jour 6 - East Branch Lean-To to Potaywadjo Spring Lean-To (19 miles)
• Jour 7 - Potaywadjo Spring Lean-To to Rainbow Stream Lean-To (19 miles)
• Jour 8 - Rainbow Stream Lean-To to Abol Bridge (11 miles)
• Jour 9 –
Katahdin Stream Campground to Chimney Peak (6 miles)
Chimney Peak to Katahdin Stream Campground (6 miles)