19/12/2025
Apollinaire Agbazahou : « Le bon littéraire pleure vite »
« Si, tandis que l’oraison funèbre se déploie au cimetière, des rires surgissent parmi les endeuillés, ne vous troublez pas : ce sont les scientifiques. La science, parfois, rit là où la littérature se recueille. »
L’image est saisissante, l’humour fin. Elle porte la signature d’Apollinaire Agbazahou, écrivain et dramaturge béninois, qui a marqué de son verbe l’ouverture officielle de la 5ᵉ édition du festival Les 72 heures du livre de Natitingou, ce jeudi 18 décembre 2025.
Avant les discours et les hommages, le festival a pris le chemin des écoles. La journée inaugurale a été consacrée à une tournée littéraire au Cours secondaire Chaminade dans la matinée, puis au CEG 3 dans l’après-midi. À chaque étape, Apollinaire Agbazahou et Agnès Pizzichetti Glèlè ont dialogué avec apprenants et enseignants, partageant leurs parcours, leurs œuvres et leur passion pour l’écriture.
Auteur de la célèbre pièce Le Gong a bégayé, Apollinaire Agbazahou a replongé l’assistance dans les années 1980, lorsqu’il fut affecté, jeune professeur de lettres, au CEG 1 de Savalou.
« C’est dans cet établissement que, presque par accident, je suis devenu dramaturge », confie-t-il. Face à des élèves peu sensibles à la langue française, dominée par le mahi en classe comme dans la cour de récréation, l’enseignant se sent bousculé, presque blessé. De ce choc naît une pièce de théâtre sur l’amour, jouée par ses élèves, et accueillie avec enthousiasme.
Pour l’écrivain, l’acte d’écrire naît souvent de la faille, du trouble, du traumatisme. « Le bon littéraire pleure vite », martèle-t-il, rappelant que la littérature se nourrit d’émotion, là où la science se réfugie parfois dans la distance et la rationalité.
Dans le même élan, Agnès Pizzichetti Glèlè a renforcé le message, présentant à l’assistance les grandes lignes de son dernier ouvrage, Cueillir les immortels, récemment publié chez Beninlivres. Une intervention sensible et inspirante, à l’image de cette première journée du festival, placée sous le signe du partage, de la transmission et de l’émotion littéraire.
Par Gbétchédi Esckil AGBO © Le Vendeur national de livres