21/01/2026
Pourquoi, sur notre continent, tant dâentreprises meurent avec leur fondateur ?
La question sâest imposĂ©e Ă nous sans prĂ©venir.
Pas comme une accusation.
PlutĂŽt comme un malaise.
Parce quâelle touche Ă ce que nous faisons de nos enfants.
à ce que nous transmettons⊠ou refusons de transmettre.
Ce soir, je la pose ici.
Non pour provoquer.
Mais pour briser le silence et ouvrir une réflexion collective que nous évitons depuis trop longtemps.
Regardons ailleurs, un instant.
En Europe, certaines des plus grandes familles Ă©conomiques bĂątissent des empires qui traversent les gĂ©nĂ©rations. La famille Mulliez, par exemple. DerriĂšre des enseignes comme Kiabi, Auchan, Carrefour, Maxi Bazar, la Fnac et bien dâautres, se cache une mĂȘme rĂšgle, appliquĂ©e depuis plus de quarante ans.
Chez eux, lâhĂ©ritage ne commence pas dans les bureaux.
Il commence au sol.
DĂšs lâadolescence, les enfants travaillent dans les magasins.
Ils ne dirigent pas.
Ils servent.
Ils sont debout toute la journée.
Ils plient les vĂȘtements.
Ils rangent les rayons.
Ils sourient aux clients.
Ils passent Ă la caisse.
Un jour ici. Un autre jour ailleurs.
Ils apprennent le mĂ©tier par le bas avant dâen recevoir le sommet.
Ils connaissent lâentreprise avant dâen hĂ©riter.
Premier choc.
Chez nous, dĂšs quâun parent commence Ă rĂ©ussir, lâenfant est aussitĂŽt coupĂ© du rĂ©el.
On lui dit : « Tu ne dois pas souffrir comme moi. »
Alors on lâĂ©loigne.
Du chantier.
Du champ.
De lâatelier.
Du magasin.
Lâagriculteur interdit la plantation Ă son fils.
Le commerçant refuse que son enfant vende.
Lâartisan Ă©loigne les outils.
Pourtant, câest ce mĂȘme mĂ©tier qui a nourri la famille.
Payé les études.
Construit la maison.
Donné le respect et le statut.
Nous méprisons ce qui nous a construits, puis nous nous étonnons que rien ne survive.
DeuxiÚme erreur : nous formons des héritiers, pas des bùtisseurs.
Nous apprenons aux enfants Ă consommer le fruit, jamais Ă comprendre lâarbre.
Et quand le fondateur disparaĂźt, le drame commence.
Lâentreprise devient un champ de bataille.
FrĂšres contre frĂšres.
SĆurs contre sĆurs.
Héritage dilué.
Terrains vendus.
Sociétés détruites.
Trente ans de sacrifices effacés en cinq ans.
TroisiĂšme confusion fatale : nous appelons âprotectionâ ce qui est en rĂ©alitĂ© du sabotage.
ProtĂ©ger un enfant, ce nâest pas lâĂ©loigner de la difficultĂ©.
Câest lui apprendre Ă lui faire face.
Et voici la vĂ©ritĂ© la plus inconfortable, celle que personne nâose dire Ă voix haute :
nous avons peur que nos enfants nous dépassent.
Les grandes entreprises familiales ne durent pas par hasard.
Elles durent parce que la transmission est volontaire, exigeante et parfois douloureuse.
La vraie question nâest donc pas :
« Pourquoi lâAfrique nâa pas dâentreprises familiales durables ? »
La vraie question est celle-ci :
sommes-nous prĂȘts Ă prĂ©parer nos enfants Ă la rĂ©alitĂ©âŠ
ou préférons-nous leur offrir une illusion de confort ?