10/09/2026
ASPHYXIER LE SECTEUR DE L’INSERTION :
UNE LEÇON DE LIBÉRALISME
Aujourd’hui, le Gouvernement wallon s’apprête à voter en première lecture un nouvel avant-projet de décret qui va profondément changer le secteur de l’insertion et de la formation. Disons-le clairement, ce projet risque carrément d’enterrer une bonne part d’entre nous. Alors oui, des rencontres avec le cabinet ont bien eu lieu ces derniers mois, histoire de rassurer/endormir le secteur en lui présentant vaguement les grandes lignes de l’affaire. Mais, entre-temps, plusieurs changements MAJEURS ont été glissés dans le texte définitif sans que nous en soyons informés (évidemment). La FUNOC est une cible directe de ces « petites modifications de dernière minute ». Découvrons ensemble le programme du démembrement de tout un secteur…
• Les contraintes
Le Gouvernement wallon entend appliquer à la fois un minimum et un maximum d’heures agréées par an et par CISP. Ceci va obligatoirement saboter notre travail et la viabilité de tous les CISP.
Le seuil minimum, justifié sur base d'un « seuil de viabilité » hypothétique, sera fixé à 40.000 h de formation. Les CISP actuellement en dessous seront amenés à disparaître ou à fusionner.
Le seuil maximum (surprise du chef) sera quant à lui fixé à 400000 heures, sans aucune justification. Le seul CISP au-dessus de ce maximum en Région wallonne est la FUNOC !!! Il s'agit donc d'une attaque frontale contre cette institution Carolo active depuis plus de 50 ans sur son territoire. Et ce, malgré la présence de l’un des siens dans les hautes sphères du Gouvernement wallon. Cette limitation va gravement attenter à nos subsides (on parle d’un million d’euros, l’équivalent de 20 équivalents temps plein).
Cette réduction va évidemment provoquer en cascade de nombreux licenciements mais aussi une baisse drastique de la prise en charge de personnes éloignées du marché de l'emploi, désireuses pourtant de rebondir dans leur vie.
• Une logique contre-productive
On s’étonne de la logique générale suivie par le Gouvernement wallon qui est totalement à l’inverse de celle du MR qui annonçait vouloir favoriser la croissance et rationaliser le secteur. Car alors que tous les gouvernements présentent la mise à l’emploi comme objectif premier, le nôtre attaque tous les acteurs actifs dans cette même remise à l’emploi qui subissent des attaques permanentes.
L’instabilité comme modèle de gestion
Ces mesures installent une instabilité chronique rendant impossible la projection à long terme, notamment via le raccourcissement de la durée des agréments qui passe de 5 ans à 3 ans. L’instabilité sur les moyens est quant à elle clairement indiquée dans les textes. S’ajoute à cela la disparition progressive des subventions APE. Ces moyens financent entre autres les fonctions transversales essentielles à notre fonctionnement : secrétaires, maintenance, maintenance informatique, assistants sociaux, ...
• Travailler à tout prix
À travers ses réformes, le Gouvernement wallon développe un adéquationnisme croissant dans nos fonctionnements en liant très étroitement la formation aux besoins du marché, au détriment des besoins et capacités des personnes. Est-ce notre travail de pousser des personnes dans des métiers dont les conditions de travail sont pénibles et dans un marché de plus en plus flexibilisé et instable ? Ou devrions-nous, au contraire, continuer à accompagner les personnes de manière durable dans l'emploi en les formant correctement ?
• Un public volontairement oublié
Cette logique va provoquer un écrémage des personnes les plus éloignées de l'emploi (les plus fragilisées) au profit de celles dont l'employabilité sera jugée plus élevée. Cela induira encore plus de précarité et, à terme, d'insécurité dans nos rues. La réforme nous reviendra comme un boomerang. Même indirectement, chacun, quelle que soit sa position, son pouvoir, ses moyens, souffrira de ces bouleversements tôt ou t**d.
• Deux poids, deux mesures
Qui accepterait d’être soumis aux mêmes contraintes dans le secteur des entreprises pourtant aussi subventionnées par l'État : personne !! Le sol devient mouvant, le climat délétère. Je n'ai pas choisi mon métier qui est d'aider les plus faibles en les remettant debout pour subir des attaques de cette ampleur. Nous parlons de collègues, d'êtres humains qui ne demandent pas mieux que de continuer à s'améliorer et à contribuer à l'effort collectif. Mais pas comme ça, pas dans ces conditions et pas sous ce climat de discrédit permanent dont tout le secteur est victime.
• Capital avant humain (évidemment)
Le libéralisme ne comprend pas qu'investir dans la société civile, la formation des populations et la réduction de la pauvreté c'est se donner des gages de prospérité à long terme. Notre travail vise à réinsérer des personnes très éloignées de l'emploi qui ont besoin d'un encadrement. Remettre ces personnes dans un circuit de travail, outre leur rendre une dignité, c'est aussi leur redonner une place dans la société, des compétences, un salaire, un pouvoir d'achat, ... C'est donc aussi un gain pour la population dans son entièreté. Car plus une société réduit sa pauvreté et prospère, mieux l'ensemble se porte.
On s’étonnera donc (mais doit-on réellement s’étonner ?) qu’à l’inverse de ce bon sens, ce décret, combiné à la réforme APE, va mettre par terre de nombreux centres et tout ce qu'ils ont patiemment construit pendant des années (presque 50 ans dans notre cas). Regardons la vérité en face…
Les intentions avouées du législateur cachent en réalité la volonté cynique de faire place nette pour le marché privé dans la gestion de l'emploi et de la formation tout en balayant tout sentiment d’humanité. Une belle saignée libérale !
QU'ALLONS-NOUS FAIRE ?
Thierry TOURNOY
Directeur