29/05/2026
ON VOUS REVELE LE NOM DE LA PRESIDENTE DU JURY DES RIMBAUD 2026 : ALINE ISSERMANN.
MERCI ALINE DE L’HONNEUR QUE VOUS NOUS FAITES.
Aline Issermann appartient à cette génération de cinéastes qui ont voulu faire du cinéma autrement, loin des logiques industrielles dominantes. Réalisatrice, scénariste, autrice, sœur de la photographe Dominique Issermann, elle a traversé le cinéma français avec une fidélité rare à ses convictions humaines et artistiques. Très tôt, elle s’est imposée comme l’une des premières grandes voix féminines du cinéma français contemporain, portant à l’écran des sujets longtemps considérés comme tabous : les violences conjugales, l’inceste, l’enfance blessée, les rapports de domination, mais aussi la puissance de résistance des êtres fragiles.
Son parcours est celui d’une combattante. Avec « Le Destin de Juliette », nommé au César du meilleur premier film, elle imposait déjà une œuvre habitée par une urgence morale et poétique. Mais c’est peut-être avec « La Vallée des anges » qu’elle exprime le plus radicalement son indépendance artistique. Ce film, tourné avec des moyens dérisoires — environ 30 000 francs de l’époque selon ses propres évocations — demeure pour elle une œuvre essentielle, presque un manifeste intime : celui d’un cinéma libre de toute pesanteur commerciale, porté par le désir pur de création.
Cette liberté insolente traverse également son magnifique livre « L'insolente liberté des boutons d'or », œuvre autobiographique bouleversante où elle raconte l’enfance, les blessures, la découverte du monde et l’apprentissage de la révolte sensible. Elle y évoque notamment la découverte d’Arthur Rimbaud à l’âge de quinze ans, rencontre fondatrice avec une parole poétique qui allait nourrir toute sa vie intérieure. Chez elle, Rimbaud n’est pas une référence décorative : il est une secousse existentielle, une manière de regarder le monde avec brûlure, insolence et désir d’absolu.
Il existe d’ailleurs chez Aline Issermann quelque chose de profondément rimbaldien : le refus des conformismes, l’attention aux êtres rejetés, la quête d’une liberté intérieure irréductible, mais aussi cette capacité à mêler la violence du réel à une douceur presque enfantine. Ses films et ses écrits avancent toujours sur cette ligne fragile entre la lumière et les blessures.
Sa présence à la tête du jury des Rimbaud du Cinéma 2026 nous est apparu comme une évidence artistique et spirituelle. Car elle incarne un cinéma qui n’obéit ni au marché ni aux modes, mais à une nécessité intérieure. Un cinéma qui, comme la poésie de Rimbaud, cherche moins à plaire qu’à révéler.