05/09/2026
LES CHOSES QUE BOWIE N’A JAMAIS FAITES
Et si les projets abandonnés racontaient mieux Bowie que ses succès ?
On connaît les albums.
On connaît les personnages.
On connaît les concerts, les films, les costumes, les collaborations.
Mais il existe un autre Bowie.
Celui des projets griffonnés sur un morceau de papier. Celui des idées commencées puis abandonnées. Celui des albums qui auraient pu exister, des films jamais tournés, des spectacles jamais montés et des personnages qui n’ont parfois vécu que quelques lignes dans un carnet.
C’est peut-être l’un des aspects les plus fascinants de David Bowie : son œuvre ne se résume pas à ce qu’il a réalisé. Elle comprend aussi tout ce qu’il a imaginé.
Et son imagination était manifestement beaucoup plus grande que sa discographie.
DIAMOND DOGS : UN FILM QUI N’EXISTERA JAMAIS
En 1973, Bowie travaille autour de 1984, le roman de George Orwell.
Il imagine une adaptation musicale. Il commence à écrire, à composer, à construire un univers.
Mais le projet se heurte au refus de la veuve d’Orwell d’accorder les droits.
Bowie ne jette pourtant pas tout.
Il récupère des morceaux de cette idée, les mélange à ses propres personnages et à d’autres influences, et transforme progressivement le projet en quelque chose de nouveau.
Ce sera Diamond Dogs.
Mais ce qui est fascinant, c’est que l’album que nous connaissons est en quelque sorte le descendant d’un projet qui n’a jamais existé.
Le film Diamond Dogs lui-même ne verra jamais le jour.
Les archives du V&A conservent pourtant des dessins de Bowie représentant certains personnages du film, dont Charge et Mach, ainsi que des notes manuscrites. Le projet devait notamment donner une place à des personnages et à un univers qui allaient nourrir l’album de 1974.
Autrement dit :
un projet abandonné a donné naissance à une œuvre majeure.
Chez Bowie, l’échec n’était donc pas forcément une fin.
C’était parfois une matière première.
ET SI MAJOR TOM AVAIT EU SON FILM ?
L’un des projets les plus étonnants conservés dans les archives concerne un scénario appelé Young Americans.
Et non, il ne s’agit pas simplement de l’album.
Dans les années 1970, Bowie imagine une histoire dans laquelle Major Tom, le personnage de Space Oddity, revient sur Terre et se retrouve confronté à l’Amérique et à ses contradictions.
L’idée est particulièrement intéressante parce qu’elle aurait permis à Bowie de prolonger l’histoire d’un personnage qu’il avait déjà créé plusieurs années auparavant.
Major Tom aurait pu devenir un véritable personnage de cinéma.
Le film n’a jamais été réalisé.
Mais l’idée nous montre quelque chose d’essentiel : Bowie ne semblait jamais considérer ses personnages comme définitivement terminés.
Ils pouvaient disparaître.
Puis revenir des années plus t**d sous une autre forme.
PIN UPS 2 : L’ALBUM QUI AURAIT PU ÊTRE
On pense souvent à Pin Ups comme à une parenthèse dans la carrière de Bowie.
Pourtant, l’idée ne devait pas forcément s’arrêter là.
Bowie avait envisagé une suite à Pin Ups, consacrée notamment à d’autres morceaux de la musique américaine. Des titres comme Summer in the City, God Only Knows ou White Light/White Heat ont été évoqués au fil des années.
L’album n’existera jamais.
Mais certaines chansons enregistrées ou envisagées nous permettent d’entrevoir un Bowie qui aurait pu poursuivre beaucoup plus longtemps son exploration de ses propres influences.
Et c’est une constante chez lui :
Il ne se contentait pas de créer.
Il gardait toujours une porte entrouverte vers ce qu’il pourrait faire ensuite.
LEON : UN MONSTRE DE PROJET
Au début des années 1990, Bowie travaille avec Brian Eno, André Heller et Rolf M. Engel autour d’un projet gigantesque baptisé Leon
Et le mot « projet » est presque trop petit.
Il devait mêler spectacle vivant, musique, film, documentaire, livre et technologie.
Une partie devait notamment se dérouler en Inde, avec des musiciens, danseurs et acrobates indiens, puis être filmée.
Le projet comportait six composantes.
Il ne sera jamais réalisé sous la forme imaginée.
Mais Leon est extrêmement révélateur.
Parce qu’il montre que Bowie ne réfléchissait déjà plus simplement en termes d'« album ».
Il pensait en univers.
Musique + image + scène + technologie + récit.
Cette manière de travailler annonce finalement beaucoup de choses que Bowie explorera ensuite.
THE SPECTATOR : SON DERNIER GRAND « ET SI… »
Et puis il y a un projet qui rend cette histoire particulièrement émouvante.
The Spectator.
Un spectacle musical sur lequel Bowie travaillait encore dans les dernières années de sa vie.
L’histoire devait se dérouler dans le Londres du XVIIIe siècle et s’intéresser notamment aux relations entre l’art et la politique à l’aube de la modernité.
Le V&A conserve des notes, des fiches et des documents de travail consacrés à ce projet.
Bowie travaillait donc encore sur une nouvelle histoire.
Encore un nouveau monde.
Encore quelque chose qu’il voulait construire.
Mais celui-ci ne verra jamais la scène.
Le projet s’arrête avec lui.
lorsqu’on regarde les archives de Bowie, on découvre un artiste qui ne semblait jamais vraiment arriver au bout de ses idées.
Il y en avait toujours un autre derrière.
« Qu’est-ce que Bowie aurait fait si… ? »
Et cette question n’aura jamais de réponse.