Les musiciens invités par le festival Missing Numéro produisent une musique virtuelle érigeant l’environnement du studio, avec ses samplers et ses séquenceurs comme un espace qui rappelle notre perception en ville, saturée de réels interconnectés: lorsqu’un passant parcourt une rue en transport, traversé par la signalétique sonore, distrait par la publicité murale animée, les sons de notifications
sur son téléphone, le bruit de son voisin en pleine conversation téléphonique ou la diffusion de musique à la radio. Cette musique fait écho à la façon dont la MUSAK et la musique manufacturée sont utilisées pour contrôler le bruit que nous faisons, afin d’organiser l’espace ou prévoir des ventes. Par leur mode de fabrication auto-produit, leur distribution par des labels indépendants, leur parti-pris de diffusion, ils échappent à une définition aliénante de l’auditeur fantasmé. Ils n’ignorent pas les médiations qui composent la réception musicale, tant du point de vue du style musical, que du discours apposé sur la musique, que dans l’image (vidéo, live, pochettes, idole...) Par la citation, la reprise, le sample, les effets audio, ils reprennent et critiquent parfois ces musiques ou ces sons imposés au public d’une part dans l’environnement urbain et de l’autre dans l’écosystème du marché de l’édition et du concert de musique manufacturée. La Musak recouvre donc le bruit des gestes que nous faisons, réduisant à un nombre le groupe d’individus à laquelle s’adresse une diffusion sonore, là où nous espérons que le Missing Numéro puisse métamorphoser ces gestes, et trouver un lieu où ce type de musique artificielle sucite chez son public une attention particulière, multiple, et imprévisible.