31/05/2016
Nathalie Mauclair en Touraine ce dimanche
J-5 avant les Foulées Vertes de Candé, avec la présence exceptionnelle de Nathalie Mauclair. L'athlète licenciée au club tourangeau de FreeRun (elle vit au Mans) viendra participer au 17 km des Foulées Vertes.
Souvenons nous au passage qu'il y a tout juste un an, Nathalie remportait les championnats du monde 2015, lors de la Maxi-Race à Annecy. Dans cet entretien, Nathalie aborde justement le sujet des Mondiaux 2016, son objectif principal de l'année, mais aussi sa 2e place au Marathon des Sables il y a quelques semaines. L'occasion aussi de faire le point sur sa saison 2016, sur les fédérations internationales de trail, sur sa motivation et sa vie au quotidien.
- Pas de Maxi-Race cette fois-ci... Sur cette première partie de saison, tu avais donc choisi le Marathon des sables...
Nathalie : "Pas de Maxi-Race, pas d'UTMB... Je pouvais avoir l'impression d'une routine qui se mettait en place. J'avais donc choisi volontairement le marathon des Sables, pour vivre autre chose : une course en étapes, en autonomie, avec le sac à dos. C'était une nouvelle forme d'aventure, une belle découverte. Au final, j'ai bien apprécié. J'avais une grosse crainte par rapport au fait que mon mari et mes enfants ne soient pas là (Note : ils accompagnent Nathalie sur la majorité des compétitions). Au final je l'ai bien géré, c'était dur avant et après, mais pas pendant la compétition. Une fois le 1er coup de pistolet donné, j'étais dans la course, ça allait. Et puis à partir du vendredi soir, j'avais hâte de rentrer et de les retrouver (sourire)".
- Tu étais très concentrée sur ta course peut-être...
Nathalie : "Oui voilà. Et puis on n'a pas grand chose, que notre sac à dos. Un rien nous occupe, on n'a que ça à faire : être centré sur soi. Du coup moi je me massais, je faisais des étirements, de la relaxation. Très vite on se construit de nouvelles habitudes, c'est rigolo".
- On s'adapte vite...
Nathalie : "On se créé une nouvelle petite routine, ça doit nous rassurer. Je pense que c'est la nature humaine. Sous la tente on a appris à se connaître aussi. Il y avait un bon esprit, une belle collaboration. De l'entraide, du partage".
- Vous deviez gérer vous-même votre tente ? Comment ça se passe justement, sur les moments d'après-course ?
Nathalie : "Alors le comité d'organisation porte les tentes, ce sont des tentes de 8 personnes. C'est un groupe que j'avais plus ou moins constitué on pourrait dire. Il y a pas mal de gens qui viennent et qui ne connaissent personne en fait. Je voulais éviter cela. Alors j'avais proposé à des gens que j'avais déjà croisé, sur un stage au Maroc en février notamment, pour 3 personnes. Quelqu'un d'Angers aussi, qui le faisait pour la 9e fois. Il m'avait donné des conseils sur le marathon, le sac et tout ça. Et lui a trouvé 2 autres personnes qu'il connaissait. J'ai donc réservé une tente pour 8 personnes et on s'est tous retrouvé sous cette tente. Alors quand on parle de tente, ce sont des tentes ouvertes, avec juste un toit et une natte (au sol) pour dormir. C'est assez sommaire quand même".
- Les nuits sont fraîches peut-être ?
Nathalie : "Il fait 10-12 degrés, ça allait. C'était justement une de mes craintes. J'ai beaucoup psychoter avant, sur la gestion du sac, savoir quoi y mettre. L'objectif est d'être le plus léger possible sachant qu'on a un minimum de 6,5 kg le jour du départ. Donc j'ai tout pesé, re-pesé, re-re-repesé (rires). Je me suis posé la question au moins 10 fois, est-ce que je prends ça ou ça ? Et le duvet c'était un dilemme, j'ai pu tester un duvet léger avant la course et j'ai pas eu froid, donc c'est celui que j'ai gardé."
- Tu t'étais entraîné à courir avec un sac aussi lourd, sur les trails c'est pas du tout le même poids ?
Nathalie : "J'avais fait cela sur la fin de préparation, sur les deux dernières semaines. Les séances de qualité étaient passées, donc je fais 1h30 ou 2 h avec le sac. Avec un sac à 5 kg aussi (comme en fin d'épreuve). J'ai fait plusieurs tests. Et une différence de 2 kg c'est énorme. Je l'avais donc appréhendé, ça me permettait de voir aussi si j'avais des frottements. Et puis je l'avais chargé avec ce que je voulais emmener, pour voir comment ça se range dedans, j'avais testé en conditions. J'avais testé tous mes menus aussi, pour être sûre que je les digère bien, que ce soit bon, que ça me fasse envie...".
- C'était du lyophilisé, en sachet ?
Nathalie : "Oui c'est ça. On partait à 8h30, en fait je faisais les étapes en 4 h – 4h30. Donc à 12h30 – 13 h j'étais arrivée. Je prenais une boisson de recup'. Après j'avais des missions. On m'avait dit le premier de la tente qui arrive il doit enlever les cailloux sous la natte, aller chercher du bois, il y avait un protocole. Le premier jour j'avais remplis ma mission mais j'étais toute seule sur le camp, j'essayais de faire un feu mais sans succès (les 3 premiers jours, on a eu beaucoup de vent). Donc j'ai mangé froid, c'était vraiment moyen. Et puis après les autres coureurs de la tente sont arrivés. Le 2e jour, je suis passée devant la tente des Marocains, les meilleurs coureurs, et eux avaient du feu, ils m'ont proposé de manger avec eux. Donc c'était sympa, ça me permettait de me poser une heure, et puis après je faisais ma mission pour ma tente".
- Et sur le plan sportif, une belle 2e place chez les féminines, et aussi au classement général !
Nathalie : "La première féminine avait terminé beaucoup plus loin dans le classement l'année dernière, 50e au général... Donc une belle progression avec la 11e place cette fois. Moi j'ai aucun regret, j'ai fait ma course, au maximum de ce que ce que je pouvais faire...".
- Tu considères que tu es à ta place de toute façon ?
Nathalie : "Ouais ouais. Je suis très contente de ma 13e place au général. Les meilleures féminines par le passé avaient pris la 20e place. Donc toutes les deux, on a fait monter le curseur des féminines au classement général".
- On dit souvent que c'est sur des épreuves d'ultra que l'écart entre hommes et femmes se réduit le plus...
Nathalie : "On peut le voir sur l'étape longue. En plus on est parti plus t**d, sous la chaleur, j'étais pas trop habituée. Et donc Rachid, qui gagne le général, il m'a mis moins d'une heure sur les 9 heures de course cette fois là. Et là je suis très contente, pour moi c'est un indicateur, une belle étape".
- Et la récupération d'une semaine comme celle-là ? La reprise s'est passée comme tu le souhaitais ?
Nathalie : "En fait j'ai trouvé ça plus facile qu'après un ultra non stop. Le fait de dormir, de prendre du temps pour s'occuper de soi après chaque étape, c'était plutôt facile même s'il y a une fatigue générale. Comme souvent, ce que j'ai du mal à gérer ce sont les sollicitations derrière (sourire). Il faut que je me remette au boulot ! Je vais à l’Île Maurice début juillet, pour l'Ultra Trail Raidlight Beachcomber. C'est un 120 km avec 4500 m de dénivelé positif. J'ai fait le choix de ne pas faire l'IWT, le challenge ITRA (la fédération internationale). Donc autant faire les courses de mon partenaire, Raidlight. Et puis ensuite j'irai le 13 août à Aladaglar en Turquie. Un format complètement différent, le même dénivelé mais sur 40 km !".
- Ce sont donc tes deux principales courses de cet été...
Nathalie : "Oui, pas d'UTMB, pas de grand raid (La Réunion) car j'ai les championnats du monde (au Portugal fin octobre)".
- Tu vas te concentrer sur cet objectif là, les Mondiaux ?
Nathalie : "Ah oui ! Oui oui (note : on sent de l'implication dans la voix). Courir avec le maillot bleu-blanc-rouge, je suis comme une gamine (rire)".
- L'édition 2015, il y a tout juste un an, a donné beaucoup d'envie à tout le monde...
Nathalie : "Il y a une autre dimension dans ta course. Même si je suis compétitrice, que j'essaie de bien me préparer et de donner le meilleur à chaque fois, il y a une valeur ajoutée sur les championnats du monde, tu ne cours pas que pour toi. Tu cours pour ta nation. Je ne me sentais pas plus patriote que ça avant, mais sur une course avec un collectif national, ça ajoute quelque chose, tu cours pour toi en place individuelle et tu cours pour l'équipe. Les deux championnats du monde auxquels j'ai participé, il y avait un état d'esprit, une dynamique, et puis c'est une fierté !
- Cette année les deux fédérations internationales du trail organisent ensemble je crois... c'est sans doute positif non ?
Nathalie : "Oui, il y a l'IAU et l'ITRA. Je ne cache pas que je suis plus proche de l'ITRA, c'est plus simple et plus dans mes valeurs du trail. L'ITRA c'est plus les valeurs que j'ai envie de porter. L'IAU est un peu plus loin, j'ai envie de dire un peu plus administratif, et ils connaissent moins notre discipline. C'est eux qui ont pour l'instant les autorisations pour organiser les Mondiaux, l'ITRA est donc un peu là pour apprendre et insuffler la philosophie du trail".
- Peut-être qu'il y aura plus de légitimité encore sur ce championnat si les deux fédérations travaillent ensemble...
Nathalie : "Oui, effectivement. Le fait que l'ITRA est impliquée, ça va donner encore plus de poids auprès des traileurs. Nous traileurs on se retrouve plus dans les valeurs de l'ITRA que de l'IAU. L'IAU a pris les choses en main car au début il n'y avait personne, il faut dire ce qui est aussi ! C'est la fédération qui a délégué à l'IAU. Ils ont relevé le challenge et organisé les premiers championnats du monde. C'était bien qu'ils soient là au début. Et ça serait bien s'il y avait une passation de pouvoirs dans les années à venir, avec les deux fédérations présentes ensemble dans un premier temps, cette année, effectivement".
- Et à plus court-terme, on va te voir dimanche aux Foulées de Candé (à Monts, à 15 km au Sud de Tours) ! Xavier Echard, un des organisateurs, t'avait proposé de venir....
Nathalie : "Oui je viendrais pour participer à la course de 17 km. Oui j'essaie de venir au maximum mais c'est pas toujours simple de pouvoir participer, en fonction du calendrier. J'avais également été sollicitée par une course en septembre, au Trail du Louroux, mais je n'ai pas accepté car en septembre je serai en pleine préparation pour les Mondiaux. Je dois me concentrer sur cet objectif. Je suis désolée quand je dois dire non, mais il y aussi des priorités".
- Tu dois être beaucoup sollicitée j'imagine, au Mans, en Touraine, et puis sur tous les trails sans doute...
Nathalie : "Si je voulais, je pourrais être partie tous les week-end, et même me diviser en deux sur plusieurs week-end (sourire). Mais il faut savoir rester concentrée sur les objectifs, et parfois j'ai du mal, comme gérer les sollicitations médiatiques après le Marathon des Sables. J'ai envie de profiter de tout cela, de faire plaisir et de me faire plaisir, un peu comme après l'UTMB l'an dernier... mais c'est au détriment de l'entraînement, et après de la performance, ce qui s'est passait lors de la Diagonale par exemple !"
- Tu gardes quelques regrets de la dernière édition de la Diagonale des fous (Nathalie avait remporté les éditions 2013 et 2014 de la Diagonale, les Mondiaux 2015 à Annecy, l'UTMB en 2015, et s'était classée 4e de la Diagonale en 2015) ?
Nathalie : "Un peu, un peu... ça reste une déception. Je ne vais pas dire que c'est douloureux, ça c'est bon, j'ai analysé le pourquoi, et maintenant j'ai compris. Mais ça reste quand même une déception. J'aurais au moins aimé monter sur le podium, et puis être à la bagarre avec les filles."
- Comment fais-tu pour garder cette envie de te dépasser, notamment à l'entraînement ? On sait bien que c'est grâce à des entraînements difficiles qu'on peut être bon en compétition... Même si le mental joue une grande part, il faut continuer à s'entraîner dur, et ça demande de la motivation non ?
Nathalie : "Parfois il faut se faire un peu violence. On aurait tendance à se reposer sur ses lauriers ! Oui, ça je sais faire, ça c'est bon (rire). C'est justement une des leçons que j'ai tiré après la Diagonale. Non, pour chaque compétition, il faut remettre les couverts, se remettre au boulot. Du coup, il faut trouver la motivation. Quand on est moins bien je sollicite Franck, mon mari, pour qu'il me pousse un peu au derrière en vélo, on refait des séances. Il y a des petites astuces pour tout ça ! Mais oui, il faut toujours rester en éveil pour garder la motivation suffisante. En début d'année, j'allais retrouver le groupe FreeRun le mardi soir, pour faire une bonne séance, me sortir de mon train-train. Et puis sur du court ils sont meilleurs que moi (sourire). Ma difficulté, c'est que je vais à la même vitesse sur 20 bornes, sur 40 ou sur 120 quoi (rire). Et ça pique un peu, ça donne de la motivation. "
- Il y a les sessions de trails aussi sur un week-end, comme celle organisée avec Benoît (Holzerny) récemment, près du Sancy....
Nathalie : "C'est magique aussi, ce que les gens me renvoient. J'aurais jamais imaginé avoir ce retour là, juste parce que je cours, c'est fabuleux quoi. Là j'ai tourné pour E=M6 début mai, ça concerne les sports extrêmes, et ce sera diffusé le 19 juin. C'est magique, je reste un peu ébahie de tout ça. "
Propos recueillis par David Jehanno@FreeRun et Foulées Vertes de Candé
Mai 2016