09/03/2026
On apprend à l’école que Christophe Colomb découvrit l’Amérique en arrivant aux Antilles.
L’archipel de la Caraïbe s’étend sur plus de 3.500 km de long, des vastes îles des Grandes Antilles (Cuba, Haïti/République Dominicaine, la Jamaïque, Porto Rico) aux multiples archipels des Petites Antilles dont font partie nos départements Guadeloupe et Martinique que nous visitons en ce moment.
Une magnifique exposition organisée à la distillerie clément avec le musée du quai Branly nous apprend les origines des premiers peuples qui ont habité les Antilles avant d’être massacres et réduit à l’esclavage par les européens.
Ces territoires ont donc une histoire ancienne, leur “découverte” est très loin d’être du fait des Européens du XVe siècle.
Les premiers peuplements sur ces archipels sont datés par les archéologues de 5.000 ans avant notre ère.
A cette époque, malgré un niveau de la mer situé 150 m plus bas que le niveau actuel, les Petites Antilles (à l'exception de Trinidad) étaient déjà détachées du continent.
La navigation devait être déjà parfaitement maîtrisée d’autant plus qu’il ne s’agissait pas qu’uniquement d’une navigation à vue.
Le portrait de ces premières populations est difficile à établir, leur origine est multiple, à la fois des côtes de l’actuelle Vénézuela, mais aussi provenant d’Amérique centrale du littoral de l’actuel Honduras.
Ce n’est qu'à partir des derniers siècles avant notre ère qu’une nouvelle culture, cette fois très bien documentée par les archéologues, a procédé à une seconde vague de colonisation de ces territoires.
Ce peuple est originaire du centre de l’Amazonie sur le site éponyme de cette culture, Saladero.
La culture de Saladero prend racine à partir du milieu du IIIe millénaire avant notre ère mais ce n’est qu’à partir du Ve siècle avant notre ère que la colonisation des Petites Antilles par le sud débute.
Ce processus est déterminant pour la suite de l’histoire de la Caraïbe. Pour la première fois, un socle culturel va réunir des populations des Petites Antilles jusqu’aux grandes îles dans un premier temps jusqu’à la République Dominicaine, puis toutes les Grandes Antilles dans un second temps.
Plusieurs éléments attestent de cette culture qui va évoluer au contact de ce nouveau milieu insulaire, ainsi que des populations déjà installées
De nouvelles plantes venant du centre de l’Amazonie sont implantées sur ces îles. Le manioc, le maïs ou la patate douce vont devenir des denrées importantes dans l’alimentation et la culture agricole de la Caraïbe.
La céramique, emblématique de la culture de Saladero, va évoluer dans ses motifs et ornements en se diffusant dans la Caraïbe.
C’est aussi un échange avec les populations locales qui vont initier ces peuples des terres à l’exploitation des ressources marines ainsi qu’à une navigation indispensable sur ces îles.
L’usage des coquillages pour les ornements atteste de ces échanges, nécessairement absents de l’art de Saladero amazonien, ils deviennent partie prenante des ornements de la caraïbe.
Bijoux, coquillages et poteries des Saladéens de la Caraïbe ont été réunis dans le premier temps du parcours de l’exposition « Aux origines de la Caraïbe Taïnos & Kalinagos »
Aujourd’hui éloigné culturellement à cause des fractures de la colonisation, l’archipel a été culturellement très uni jusqu’à l’arrivée des Européens à la fin du XVe siècle.
Cependant cette unité ne doit pas être perçue comme monolithique. Les îles dialoguent, échangent et partagent des traditions et rituels communs.
Néanmoins des différences vont émerger jusqu’à la différenciation de deux groupes distincts, les Taïnos, des Grandes Antilles et les Kalinagos des Petites Antilles.
La culture Taïno se caractérise par une organisation et une hiérarchisation particulièrement développées. Les objets qui témoignent de cette culture dans l’exposition soulignent ce pouvoir central ainsi que la démographie importante des villages et villes Taïnos.
La plus grande île, Hispaniola, abritait plusieurs centaines de milliers de personnes réparties en cinq provinces lors de l’arrivée des Espagnols.
Des vestiges de pratiques rituelles, comme celle du jeu de b***e, pouvait réunir des centaines voire des milliers de personnes au même endroit.
Cette organisation et cette démographie sont propices à l'élaboration de grandes infrastructures telles que des canaux d’irrigation, des drainages des zones humides, ou des terrassements. Le pouvoir s’incarne aussi par des objets symboliques comme les trônes en bois sculptés ornés d’or, or qui sera retiré par les conquistadors.
La distinction avec la culture Kalinago se fait en premier lieu géographiquement.
Les petites îles des archipels du sud ne sont pas propices au développement de grandes structures comme celle des Taïnos.
Au contraire, ce sont des petites communautés qui vont se former dans ces petites îles volcaniques. Des échanges avec une population venant du continent, les Koriabo, vont aussi influencer cette évolution. La culture Kalinagos émerge ainsi de ce contexte culturel aux alentours du XIe siècle. Les communautés sont plus petites, quelques dizaines d’individus, plus autonomes et surtout plus guerrières que les Taïnos.
Cette distinction “bons” Taïnos et “belliqueux” Kalinagos va être instaurée par les Espagnols à leur arrivée. Ces a priori vont être renforcés par la qualification de cannibales pour les Kalinagos.
Les pratiques cannibales des Kalinagos sont bien loin des fantasmes racontés dans des récits européens de personnes n’ayant pour la plupart jamais mis les pieds en Caraïbe.
Le cannibalisme chez les kalinagos était une pratique symbolique pour s’approprier l’énergie et la force des défunts.
Il pouvait être pratiqué au sein même du groupe, en mélangeant les cendres des défunts à des aliments lors de rituels.
Ou bien, en consommant des ennemis vaincus pour s’approprier leur force. Aucune pratique cannibale pour l’alimentation n’a été décrite.
Les vestiges matériels de la culture Kalinago sont plus ténus que pour les Taïnos, n’ayant certainement pas au sein de leur petites structures des individus dédiés à la fabrication d’ornements ou d’objets d’art.
Néanmoins de nombreux casse-têtes ornementés sont présentés dans le parcours de l’exposition. Ces objets sculptés avec des motifs très divers, attestent d’une connaissance de l’astronomie, nécessaires à la navigation de nuit, ainsi que de nombreuses autres symboliques.
L’arrivée des colons européens a été un cataclysme pour les populations de la Caraïbe.
Omnibulés par l’or, les colons ont rapidement pris le contrôle de la grande île avant cela nommée Ayiti, rebaptisé Hispaniola, abritant l’actuelle Haïti et la République Dominicaine.
Les Espagnols ont massacré les populations Taïnos, par les maladies, les alliances et les armes. Les ressources en or de l’île sont moins importantes que prévu, ce sont donc des esclaves qui ont été embarqués de force sur les bateaux retour direction l’Europe.
Plus au sud, les îles sont moins riches en ressources et plus difficiles d’accès. Les petites communautés Kalinagos se défendent et sont plus résilientes que les grandes organisations Taïnos. Néanmoins, les pertes sont colossales et une petite fraction de la population a réussi à résister dans le nord de l’île de la Dominique, dans les régions les plus montagneuses. Une “réserve” Kalinagos est constituée en 1903 sur l’île de la Dominique et est toujours présente malgré les multiples métissages.