04/09/2026
l’Université d’Été des PME: la CPU-PME appelle à faire des PME ivoiriennes le moteur réel de la transformation structurelle
Abidjan le 03 septembre 2026, à l’occasion de l’Université d’Été des PME, organisée autour du thème : « PND 2026-2030 : faire des PME ivoiriennes le moteur réel de la transformation structurelle », la Confédération des Petites et Moyennes Entreprises de Côte d’Ivoire (CPU-PME) a réaffirmé sa vision : placer durablement les entreprises ivoiriennes au cœur de la production, de l’emploi formel, de l’innovation, de la sous-traitance et de la création de valeur nationale.
Cette importante rencontre a enregistré la présence de Monsieur Jean-Louis Moulot, Ministre délégué chargé de l’Enseignement technique , des représentants du Gouvernement, des institutions publiques et privées, du Directeur général du GUDE PME, des dirigeants d’entreprises, des partenaires techniques et financiers, ainsi que de nombreux entrepreneurs.
L’Université d’Été des PME a constitué un espace de propositions, de dialogue et d’engagement autour d’une ambition commune : faire du PND 2026-2030 non seulement un programme d’investissements, mais aussi le grand rendez-vous de la puissance productive des PME ivoiriennes.
Le PND 2026-2030 : une occasion historique pour les PME
La CPU-PME salue l’ambition portée par le Plan national de développement 2026-2030, qui prévoit un programme d’investissement de 114 838,5 milliards de FCFA sur cinq ans, dont 70,2% seraient portés par le secteur privé. Avec un objectif de croissance annuelle moyenne de 7,2% et la perspective de créer plus de 3 millions d’emplois formels à l’horizon 2030, ce Plan ouvre une opportunité majeure pour accélérer l’industrialisation et la transformation économique de la Côte d’Ivoire.
Pour la CPU-PME, la question centrale est désormais claire : qui produira, transformera, sous-traitera, innovera et exportera pour capter durablement la valeur créée par cette croissance ?
La réponse ne peut être qu’une mobilisation renforcée des PME ivoiriennes. Elles ne doivent plus être de simples bénéficiaires indirectes de la croissance ; elles doivent devenir des fournisseurs, des sous-traitantes, des innovatrices, des employeuses et, demain, des championnes nationales, régionales et africaines.
Il ne suffit pas d’attirer des investisseurs. Il faut également faire émerger une nouvelle génération d’investisseurs ivoiriens, capables de créer des emplois, de consolider les chaînes de valeur locales et de porter la croissance nationale.
Faire grandir les entreprises ivoiriennes
Les PME constituent l’essentiel du tissu entrepreneurial national. Elles soutiennent les revenus des familles, créent des emplois, irriguent les territoires et représentent un vivier considérable d’initiatives, de savoir-faire et de talents.
Toutefois, trop d’entre elles demeurent fragiles, sous-capitalisées, insuffisamment accompagnées et éloignées des marchés structurants. Elles font face à des difficultés persistantes d’accès au financement, à la commande publique, à la sous-traitance, à la certification, aux normes, aux technologies, à la formation et à l’information économique.
La priorité ne doit donc pas être uniquement de créer davantage d’entreprises. Elle doit être de permettre aux entreprises existantes de grandir : accompagner les microentreprises vers le statut de PME, les PME vers celui d’entreprises de taille intermédiaire, puis faire émerger des champions ivoiriens capables de rayonner sur les marchés africains et internationaux.
Produire, transformer et exporter
La CPU-PME rappelle que les investissements dans les routes, les ports, l’énergie, le numérique, les zones industrielles et les infrastructures économiques ne prendront leur pleine valeur que s’ils renforcent réellement la capacité productive des entreprises ivoiriennes.
Une route doit aider une PME à livrer plus vite ses produits dans toutes les régions et sur les marchés de la CEDEAO et de la ZLECAf. Un port doit faciliter les exportations des entreprises ivoiriennes. Une énergie fiable doit alimenter les ateliers, les unités de transformation, les chambres froides, les plateformes logistiques, les activités de recyclage, les entreprises numériques et les usines locales.
La Côte d’Ivoire doit ainsi bâtir un capitalisme productif ivoirien, fondé sur des entreprises qui produisent, transforment localement, recrutent, innovent, respectent les normes et conquièrent de nouveaux marchés.
Une fiscalité favorable à l’investissement et à l’emploi
La CPU-PME appelle à la mise en place d’un véritable pacte fiscal de croissance en faveur des PME. L’entreprise qui investit, formalise ses emplois, modernise ses équipements, se certifie, innove, transforme localement et exporte doit être encouragée.
La Confédération ne demande pas des privilèges. Elle appelle à une fiscalité lisible, stable et incitative, orientée vers l’investissement productif, l’emploi formel et la compétitivité.
Les mesures attendues concernent notamment :
Les équipements et la modernisation des ateliers ;
La certification et la mise aux normes ;
La digitalisation et l’innovation ;
La formation des dirigeants et des salariés ;
La transformation locale ;
L’exportation ;
L’embauche formelle des jeunes et des femmes.
Le principe doit être simple : plus une PME investit, formalise, recrute, transforme et exporte, plus elle doit disposer de moyens pour grandir.
Financer la production et renforcer la souveraineté économique
Le financement productif demeure l’une des conditions déterminantes de la réussite du PND 2026-2030. Une PME compétitive doit pouvoir financer ses équipements, ses véhicules, ses matières premières, ses stocks, ses certifications, ses logiciels, ses salaires et ses délais de paiement.
De nombreuses entreprises ivoiriennes disposent de compétences, de clients et parfois de contrats signés, mais n’ont pas le fonds de roulement nécessaire pour les exécuter. Elles obtiennent une commande sans pouvoir acheter les intrants. Elles remportent un marché sans pouvoir fournir les garanties exigées. Elles livrent une prestation sans être payées dans des délais raisonnables.
Cette situation maintient des entreprises à fort potentiel dans une économie de survie, alors qu’elles pourraient devenir des entreprises de croissance.
La CPU-PME note les progrès enregistrés : au 30 avril 2026, 3 860 PME avaient bénéficié de 114,7 milliards de FCFA de financements, soutenus par 59 milliards de FCFA de garanties. Ces résultats démontrent qu’un meilleur partage du risque peut permettre au système financier de financer davantage les PME.
Cependant, les besoins restent considérables. Le déficit de financement des PME ivoiriennes est estimé à plus de 3 500 milliards de FCFA. Dans un contexte où le secteur privé est appelé à mobiliser plus de 80 500 milliards de FCFA pour le PND, le financement des PME doit devenir une priorité stratégique nationale.
À cet effet, la CPU-PME demande à l’État de Côte d’Ivoire d’accroître substantiellement la part des ressources nationales mobilisées pour soutenir le financement du PND de 80%, contre environ 30% aujourd’hui.
Cette proposition répond à une exigence de souveraineté économique. Les partenaires techniques et financiers, les bailleurs de fonds et les investisseurs étrangers restent des acteurs importants du développement. Toutefois, la Côte d’Ivoire doit se doter de mécanismes nationaux suffisamment puissants pour financer ses propres entreprises, renforcer ses propres chaînes de valeur et préserver sa capacité à orienter son développement économique.
La souveraineté économique ne signifie pas l’exclusion des partenaires extérieurs. Elle signifie que la Nation doit être capable de mobiliser davantage ses propres ressources pour financer ses entreprises, ses industries, sa transformation locale et ses emplois.
La CPU-PME appelle donc à la mise en place d’une architecture de financement adaptée aux réalités de la production :
Le renforcement des mécanismes publics de garantie ;
Le développement des crédits de moyen et long terme ;
Les avances sur marchés et le financement des bons de commande ;
L’assurance-crédit afin de sécuriser les relations commerciales ;
Des fonds propres patients pour accompagner la montée en puissance des entreprises ;
Des mécanismes efficaces de réduction des retards de paiement, publics comme privés.
Une PME qui attend excessivement le règlement de ses factures finance involontairement son donneur d’ordre. Elle perd sa trésorerie, reporte ses investissements, fragilise ses emplois et compromet son développement.
Financer les PME, ce n’est pas distribuer des ressources. C’est financer la production, l’emploi formel, les recettes fiscales, la sous-traitance locale, les exportations et la souveraineté économique.
La tontine : une approche adaptée et à moderniser
La CPU-PME appelle également à reconnaître, structurer et moderniser la tontine comme mécanisme complémentaire de financement, adapté aux réalités économiques, sociales et culturelles ivoiriennes.
La tontine est depuis longtemps un instrument de solidarité financière, d’épargne collective et de mobilisation de ressources pour les familles, les commerçants, les artisans, les travailleurs indépendants et les entrepreneurs. Elle permet à de nombreux acteurs économiques de réunir des fonds, de financer une activité, de renforcer leur trésorerie ou de faire face à des besoins urgents.
La CPU-PME considère que la tontine ne doit pas être opposée au système bancaire. Elle peut au contraire devenir une passerelle entre l’épargne populaire, l’entrepreneuriat, la formalisation et le financement structuré des microentreprises et des PME.
La Confédération propose notamment :
La reconnaissance des tontines entrepreneuriales et professionnelles comme instruments d’épargne et de financement collectif ;
La digitalisation sécurisée des cotisations, de la gestion des membres et de la traçabilité des fonds ;
La mise en relation des tontines structurées avec les banques, les institutions de microfinance et les mécanismes publics de garantie ;
La valorisation de l’historique de cotisation comme élément d’appréciation de la discipline financière et de la capacité de remboursement ;
La formation des responsables de tontines à la gouvernance, à la gestion financière et à la formalisation.
Une tontine modernisée et mieux encadrée peut devenir un levier puissant de constitution de fonds propres, de discipline d’épargne et de préparation au financement bancaire.
Une commande publique et un contenu local créateurs de champions
La CPU-PME appelle à faire du PND 2026-2030 un Pacte national de puissance productive et de compétitivité des PME.
Ce pacte doit s’appuyer sur une commande publique davantage ouverte aux PME ivoiriennes compétentes et qualifiées. L’État, les collectivités territoriales, les entreprises publiques et les grands projets doivent réserver une part identifiable, accessible et transparente de leurs marchés aux entreprises nationales capables d’exécuter les prestations attendues.
La Confédération appelle également à un contenu local réel, transparent et contrôlé. Dans les mines, l’énergie, les infrastructures, la logistique, les télécommunications et les grands investissements, les PME ivoiriennes doivent avoir un accès effectif aux appels d’offres, aux contrats de fourniture et aux opportunités de sous-traitance.
Confier les incubateurs publics aux organisations de PME
La CPU-PME appelle à une nouvelle gouvernance des incubateurs créés ou financés par l’État. Ces incubateurs doivent devenir de véritables instruments de création, de structuration et d’accélération des entreprises ivoiriennes.
Pour atteindre cet objectif, ils doivent être animés par des organisations qui connaissent les réalités quotidiennes des entrepreneurs : accès aux marchés, recherche de financement, contraintes de trésorerie, formalisation, normes, recrutement, production, fiscalité et concurrence.
Dans la continuité des partenariats engagés, notamment avec l’ARRE, la CPU-PME demande que les incubateurs publics puissent être confiés à la Confédération, à travers des conventions de gestion, des délégations de service ou des partenariats de performance clairement définis avec l’État.
La CPU-PME entend y conduire des programmes d’accompagnement directement liés aux besoins des entrepreneurs, notamment :
La création et la formalisation des entreprises ;
La structuration juridique, administrative et financière des PME ;
L’élaboration de dossiers bancables et l’accès au financement ;
L’accompagnement à la certification, aux normes et à la qualité ;
La digitalisation des activités ;
Le développement commercial et l’accès à la commande publique ;
L’intégration aux chaînes de sous-traitance ;
Le mentorat par des chefs d’entreprise expérimentés ;
La formation en gestion, comptabilité, trésorerie et négociation ;
L’accompagnement des femmes et des jeunes entrepreneurs ;
La préparation des PME aux marchés régionaux et africains.
Cette gestion devra s’appuyer sur des objectifs précis et mesurables : nombre d’entreprises créées, formalisées, financées, certifiées, accompagnées à l’exportation, intégrées à la sous-traitance et créatrices d’emplois formels.
Préparer les PME ivoiriennes à la ZLECAf
La Zone de libre-échange continentale africaine représente une opportunité majeure pour les entreprises ivoiriennes. Mais elle représente également un défi de compétitivité : les PME qui ne seront pas préparées risquent de subir la concurrence sans tirer pleinement profit des nouveaux marchés africains.
La CPU-PME demande donc la mise en place d’un programme national de préparation des PME à la ZLECAf, conduit en partenariat étroit avec les organisations patronales et les structures d’appui aux entreprises.
Ce programme devra permettre aux entreprises de mieux maîtriser :
Les règles d’origine ;
Les procédures douanières ;
Les normes de qualité et de certification ;
Les exigences logistiques ;
Les mécanismes de paiement et de sécurisation des transactions ;
Les opportunités sectorielles dans les marchés africains ;
La recherche de partenaires commerciaux, de distributeurs et de sous-traitants.
La ZLECAf ne doit pas être seulement un marché que les autres entreprises viendront conquérir en Côte d’Ivoire. Elle doit devenir un espace de conquête pour les produits, les services, les compétences et les marques ivoiriennes.
Des avancées concrètes pour la protection et l’innovation
L’Université d’Été des PME a également été marquée par des avancées majeures en faveur des entrepreneurs ivoiriens.
La CPU-PME, la Mutuelle des Familles d’Ivoire et l’UNAMEPCI ont procédé à la signature d’une convention tripartite relative à la mise en place de la section mutualiste Santé PME Ivoire. Cette initiative vise à renforcer l’accès des dirigeants de PME, de leurs salariés et de leurs familles à une couverture santé adaptée à leurs réalités et à leurs besoins.
À travers ce partenariat, les trois organisations entendent contribuer à une meilleure protection sociale des entrepreneurs et des travailleurs des PME, tout en réduisant la vulnérabilité des entreprises face aux dépenses de santé imprévues. La santé du dirigeant et des équipes est une condition essentielle de la continuité de l’activité, de la productivité et de la pérennité des entreprises.
L’événement a également permis la présentation de la plateforme FELI, une solution destinée aux acteurs de la livraison en Côte d’Ivoire. Cette plateforme ambitionne de contribuer à la structuration, à la visibilité et à la professionnalisation de l’écosystème de la livraison, en mettant à disposition des outils adaptés aux besoins des livreurs, des entreprises et des clients.
La CPU-PME salue cette initiative qui participe à la digitalisation des services, à l’amélioration de la qualité des prestations, à la sécurisation des activités et à la création de nouvelles opportunités économiques pour la jeunesse et les entrepreneurs ivoiriens.
Un appel à l’action
La Côte d’Ivoire dispose d’une occasion historique. Le PND 2026-2030 ne pourra devenir une réussite pleinement nationale que s’il favorise l’émergence d’entreprises ivoiriennes plus nombreuses, plus solides, mieux financées et pleinement intégrées aux chaînes de valeur.
Il ne suffit pas d’attirer les investissements : il faut aussi créer une nouvelle génération d’investisseurs ivoiriens.
Il ne suffit pas de construire des infrastructures : il faut donner aux PME les moyens de les utiliser pour produire, transformer et conquérir des marchés.
Il ne suffit pas d’importer des technologies : il faut permettre aux entreprises ivoiriennes de les maîtriser, de les adapter et, demain, de les concevoir.
La transformation structurelle ne se décrète pas. Elle se construit entreprise par entreprise, atelier par atelier, usine par usine, contrat par contrat et emploi formel par emploi formel.
La CPU-PME réaffirme sa disponibilité à travailler avec le Gouvernement, les collectivités territoriales, les institutions financières, les partenaires techniques et financiers, les grandes entreprises et l’ensemble des acteurs économiques afin de faire du PND 2026-2030 le grand rendez-vous de la puissance productive des PME ivoiriennes.
Il n’y aura pas d’industrialisation inclusive sans PME compétitives. Il n’y aura pas de prospérité partagée sans entreprises ivoiriennes fortes. Il n’y aura pas de souveraineté économique durable sans des instruments nationaux de financement, sans contenu local effectif et sans un capitalisme productif ivoirien, transparent, innovant et créateur d’emplois.
Sercom CPU PME.