18/03/2017
Foot africain: les 14 causes de la chute d’Issa Hayatou à la CAF.
Le Camerounais Issa Hayatou.
Après 29 années à la tête de la Confédération
africaine de football, Issa Hayatou a été écarté
par Ahmad, vainqueur le 16 mars 2017 à Addis-
Abeba. Une victoire surprenante du Malgache qui
s’explique, outre un besoin de changement, par
les erreurs et les errements du Camerounais. Ce
dernier, grand dirigeant et fin politique, s’était
toutefois enfermé dans sa tour d’ivoire.
Explications.
Il n’a pas fait campagne
Durant le 60e anniversaire de la Confédération
africaine de football (CAF) et durant les
semaines précédentes, Issa Hayatou n’a pas fait
campagne directement, déléguant cela à
quelques fidèles. Comme si cette attitude n’était
pas digne d’un président en fonction depuis
1988. Le Camerounais n’était de toutes les
façons pas trop habitué à ce type de situation.
Deux autres adversaires seulement ont pu se
présenter contre lui en 29 années : l’Angolais
Armando Machado en 2000 et le Botswanais
Ismaïl Bhamjee en 2004.
Il a sous-estimé Ahmad
Ahmad, lui, ne s’est pas privé de faire du
lobbying jusqu’à la dernière minute, enchaînant
réunions, rendez-vous, promesses. Le nouveau
président de la CAF a voyagé dans plusieurs pays
d’Afrique durant deux mois. Issa Hayatou n’a pas
jugé utile d’en faire autant. Un de ses proches
estimait en effet avant l’élection que le Malgache
ne faisait clairement pas le poids, contrairement
au président de la Fédération algérienne ou celui
de la Fédération de RDC, par exemple. « Face à
un Mohamed Raouraoua ou à un Constant Omari, il
y aurait eu match. »
Il n’a pas vu les signes précurseurs
Lors des Assemblées générales en 2016, certains
amendements allant à l’encontre des décisions
d’Issa Hayatou ont recueilli un nombre
significatif de votes, ce qui était encore
inimaginable en 2015. C’est d’ailleurs ce qui a
décidé Ahmad à se présenter. Le Malgache a
senti le vent tourner ; pas l’omnipotent patron du
foot africain.
Il n’avait pas de programme
Comme en 2013, Issa Hayatou n’avait pas
présenté de programme. Il souhaitait continuer à
améliorer ce qui se faisait déjà, sans réelle
remise en cause de son bilan.
Il a été éloigné de la CAF durant plusieurs mois
Les scandales à répétition à la Fédération
internationale de football (FIFA) ont eu raison de
son président Joseph Blatter, en 2015. Issa
Hayatou, en sa qualité de vice-président le plus
âgé de la FIFA, a alors été propulsé patron par
intérim. Durant plusieurs mois, même s’il a
conservé ses fonctions à la CAF, il a ainsi dû
s’en éloigner. Eloignement renforcé par une
greffe de rein fin 2015.
Il était trop âgé pour beaucoup de présidents
Après sa défaite, Issa Hayatou a rappelé avec
véhémence qu’il n’avait « que » 70 ans alors que
Sepp Blatter était beaucoup plus âgé lorsqu’il
avait été réélu à la FIFA. Le problème n’était
toutefois pas son âge mais le fait que des ennuis
de santé (problèmes de rein, grave blessure à
une jambe) l’ont affaibli prématurément. Il se
trouvait en outre en décalage avec toute une
nouvelle génération de présidents de fédération
quadragénaires et quinquagénaires.
Il avait déjà fait un mandat de trop
Si Issa Hayatou avait arrêté après six mandats,
son bilan aurait été jugé excellent. Or, le
Camerounais avait déjà effectué un mandat de
trop, de 2013 à 2017. Il avait été réélu par
acclamation en 2013, sans adversaire, suite à
une modification des statuts de la CAF. La seule
mesure phare de son septième mandat – obtenir
une sixième place pour l’Afrique en Coupe du
monde – a échoué. Pour le reste, le patron du
foot africain n’avait aucune autre grande réforme
à proposer, alors qu’il avait impulsé d’immenses
changements durant les années 1990 et 2000.
Il avait suscité beaucoup de rancœurs
Les cinq dernières années de son pouvoir ont
d’ailleurs suscité beaucoup de rancœurs et de
tensions, notamment dans l’attribution des
Coupes d’Afrique des nations. Du bras de fer
avec le Maroc concernant l’édition 2015 à
l’attribution imprévue de l’édition 2023 à la
Guinée, Issa Hayatou a rarement joué les cartes
de l’apaisement et de la démocratie.
Il favorisait trop les francophones et les pays
d’Afrique centrale et de l’Ouest
Beaucoup de pays anglophones se sont sentis
lésés par les choix du Camerounais qui ne parle
ni l’anglais, ni l’arabe, ni le portugais, ni
l’espagnol, les autres langues des pays membres
de la CAF. En favorisant son pays pour
l’organisation de la CAN 2019, en offrant celle de
2021 à la Côte d’Ivoire et celle de 2023 à la
Guinée, Issa Hayatou a renforcé la frustration
des pays d’Afrique australe et de l’Est, qui ont
grandement soutenu Ahmad.
Il ne lâchait pas de lest
Rancunier, Issa Hayatou ne supportait pas la
contestation et la contradiction. S’il savait se
montrer fidèle et très reconnaissant envers ses
amis, il pouvait aussi freiner, voire briser les
carrières d’opposants ou de délégués trop
ambitieux. L’Ivoirien Jacques Anouma, le Libérien
Musa Bility ou l’Algérien Mohamed Raouraoua
peuvent en témoigner, eux qui espéraient prendre
un jour sa succession. « Il y avait vraiment un ras-
le-bol , lâche Samir Sobha, le président de la
Fédération mauricienne. Pour être sincère, c’était
une dictature à la CAF. On devait toujours voter
"oui" » (*).
Il minorait l’importance des footballeurs
Issa Hayatou ne mettait presque jamais en avant
des footballeurs alors qu’ils sont la base et la
richesse du football africain. De fait, il confondait
les intérêts de la CAF et ceux du football
africain. En 2010, il avait attribué un 18/20 à
l’Angola pour son organisation catastrophique de
la CAN, alors que deux membres du staff de
l’équipe du Togo avaient pourtant péri dans une
fusillade dans l’enclave de Cabinda.
Il avait misé sur le mauvais cheval pour
l’élection du président de la FIFA
Pour l’élection du président de la FIFA, en février
2016, Issa Hayatou et le Comité exécutif ont
exigé que les membres de la CAF votent pour le
Cheikh Salman. Consigne pas toujours respectée
et c’est le Suisse Gianni Infantino qui a gagné.
Le Camerounais a donc misé sur le mauvais
candidat et ne l’a pas accepté. Une source à la
FIFA indique en effet qu’Hayatou n’a pas
supporté qu’un ancien chef de l’administration de
la confédération européenne de football
(Secrétaire général de l’UEFA) réussisse là où il
avait échoué, en étant battu par Blatter en 2002
pour la présidence du foot mondial.
Il était dans le viseur de la FIFA
Même si on s’en défend à la FIFA, devoir
travailler avec l’un des derniers représentants
des années Blatter, était difficile à accepter. Le
voir partir au profit d’Ahmad, un dirigeant plus
jeune et plus souple, est un soulagement. Depuis
quelques semaines, Issa Hayatou ciblait
régulièrement la FIFA dans ses discours, avec
des accents anticolonialistes.
Il est ciblé par une procédure judiciaire en
Egypte
Enfin, Issa Hayatou est au cœur d’une procédure
judiciaire en Egypte où se trouve le siège de la
CAF. L’autorité locale de la concurrence enquête
sur l’attribution des droits médias et marketing
du foot africain à la société Lagardère Sports
pour la période 2017-2028, contre 1 milliard de
dollars. Un accord qui génère des suspicions et
un mélange d'enjeux politico-financiers. Une
entreprise égyptienne, Presentation, qui souhaite
concurrencer Lagardère Sports, a en tout cas
déposé un dossier auprès de la FIFA. Ce dossier
a été transmis au Comité éthique qui va l’étudier et estimer s’il faut ouvrir une procédure contre lui.