27/11/2020
C'est avec tristesse que nous vous annonçons le décès de Madame Odette Dereze, pionnière dans le monde de la photo de presse.
Née la 10 octobre 1932 à Bruxelles
Décédée le 21 novembre 2020 à Saint-Josse-Ten-Noode
Odette est la filleule de Germaine Van Parys (1893 - 1983), la première femme photographe de presse en Belgique. Elle peut, à juste titre, être considérée comme l’une des principales photographes de presse humanistes belges depuis les années 60 jusqu’au milieu des années 90.
En 1952, après deux années de stage dans le monde de la photo, elle décide d’en faire son métier et devient une photojournaliste emblématique de l’agence de presse de sa marraine Germaine Van Parys.
Sa photographie trahit un regard averti sur l’humanité. Sa vision embrasse la vie quotidienne de la société de la 2ème moitié du 20ème siècle, ce qui confère à son œuvre et à son contenu une valeur inestimable.
Fine observatrice, elle réussit à immortaliser les événements de la société de son temps au travers d’un regard plein d’humanité, et grâce à sa maîtrise de l’art de raconter une histoire par l’image. Son œuvre se compose de reportages consacrés à des sujets aussi variés que la politique, la culture, les manifestations, les entreprises, les catastrophes, la royauté, etc.
Son style se caractérise par la tension visuelle qui émane de ses photos. Son caractère bien trempé et sa volonté implacable lui permettent d’être reconnue dans un métier essentiellement masculin.
Odette Dereze a un lien fort avec la famille royale belge, plus particulièrement avec le roi Baudouin et la reine Fabiola, dont elle était la photographe favorite. Elle les suit à travers le monde dans leurs voyages, au Maroc, au Japon, en Australie, en Inde, en Indonésie, aux Etats-Unis, en URSS, en Chine ou encore en Corée du Sud. Tous ses déplacements lui permettent de constituer un patrimoine photographique original et diversifié, remarqué par ses pairs. Elle publie à de nombreuses reprises son travail dans la presse belge (Knack, Soir Magazine, Ciné R***e, Story, Dag Allemaal, etc.) et étrangère (Paris Match, Point de Vue, Gala, Hola, Hello, Newsweek).
Mais si ses clichés revêtent une importance à ce point remarquable, c’est aussi en raison des portraits de personnalités belges et étrangères qu’elle a réalisés. On retrouve dans les archives d’Odette Dereze un large éventail d’images, de l’homme de la rue aux célébrités de l’époque, ce qui constitue une précieuse réserve de témoignages de leur vie publique : Richard Nixon, Hiro Hito, le Dalaï Lama, Etienne Davignon, Deng Xiao Ping, Wilfried Martens, Léo Tindemans, Jacques Brel, Annie Cordy, Herbert Von Karajan, Adamo, Will Tura, Jean-Marie Pfaff, les Rolling Stones, Fats Domino, Sylvie Vartan, Johnny Halliday, Gina Lollobrigida, Sophia Loren, ... . On y découvre aussi des moments émouvants dans le cadre privé d’Eddy Merckx ou d’Hergé, ... .
Début des années 70, elle reprend l’Agence suite aux problèmes de santé de sa marraine et la baptise « Agence Van Parys ». Elle développe ses activités et lui a fait prendre une dimension plus vaste en l’inscrivant dans un réseau international. D’abord avec les Reporters Associés (1ère agence photo mondiale) puis avec l’Agence Sygma dirigée par Hubert Henrotte. L’agence Van Parys devient un partenaire clé de référence en Belgique pour de nombreux photographes et agences étrangères.
L’année 1983 la voit victime d’un accident qui lui impose six mois de rééducation. Battante dans l’âme, elle dépasse les douleurs physiques pour continuer d’exercer sa passion, le photojournalisme.
Au début des années 90, elle passe le flambeau à ses fils par la création d’une nouvelle structure sous le nom de Van Parys Media sa.
En 1993, elle est le témoin photographique privilégié du décès du roi Baudouin. Odette Dereze décide à cette époque de ralentir sa production en tant que photographe, mais elle s’implique toujours dans Van Parys Media dont le portfolio s’élargit au monde de la photo créative.
Aujourd’hui, Odette nous a quitté mais son regard aiguisé subsiste à travers un patrimoine de centaines de milliers de clichés racontant toute une époque.
Odette écrit ceci à un ami : « L’image. Jamais elle ne nous laisse indifférent. Elle touche notre cœur. Elle émerveille nos yeux. Elle nous apprend à connaître les humains dans le bien, dans le mal. Elle fait partie intégrante de notre travail. Jamais nous ne l’oublierons car éternellement elle retracera les évènements de ce monde, c’est-à-dire la vie de notre planète, la terre ».
Plusieurs expositions ont été consacrées à l’œuvre de deux femmes hors normes qui se sont battues pour créer leur place dans un monde jusque-là masculin :
FOMU : Germaine Van Parys et Odette Dereze - 10/2013 - 03/2014
Halles Saint Géry : Les années folles et les Trente glorieuses immortalisées par deux pionnières de la photographie de Presse - 02/2018 - 03/2018
Les photographies de Germaine Van Parys et de Odette Dereze se retrouvent ensemble dans deux livres :
La Belgique en images - Roularta Books - 2011
Germaine Van Parys – Odette Dereze (1918-1996) - Luster 2013